YVAN ATTAL: Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants

C’est comme dans les contes de fées, mais Yvan Attal signe ici avant tout une histoire à dormir debout.

Alain Chabat et Yvan Attal n’ont pas l’air d’y voir très clair. Et ils ne sont pas les seuls.

Ce film:

1. vous fera passer l’envie de vous marier et d’avoir beaucoup d’enfants.

2. vous fera regretter de ne pas être allé manger une frite à la Schueberfouer, plutôt que de vous envoyer ce navet.

3. éveillera en vous, en revanche, un irrépressible désir de vous acheter une grosse voiture bien virile.

Et pourquoi pas aussi un téléphone mobile de la
dernière génération? La bonne nouvelle est qu’en tant que pub pour les bagnoles de luxe et les Gsm, „Ils se marièrent…“ est très réussi. On y téléphone beaucoup, d’ailleurs le film est téléphoné d’un bout à l’autre, en partant des dialogues copiés-collés jusqu’aux situations convenues qui s’enchaînent comme des spots publicitaires.

Déjà, ça commence par une séquence piquée dans „When a Man loves a Woman“ de Luis Mandoki (avec Meg Ryan et Andy Garcia), ce qui n’est pas franchement une référence. Le réalisateur et scénariste Yvan Attal voudrait bien lui aussi raconter une histoire d’hommes qui aiment les femmes.

On se demande comment ils font, ces trois quadragénaires pas vraiment gâtés par la nature, qui, entre une partie de cartes et deux parties de foot, arrivent à caser tout plein de parties de jambes en l’air. Vincent (Yvan Attal) aime sa femme Gabrielle (Charlotte Gainsbourg, sa moitié dans la vie), mais la trompe avec une autre (Angie David), qu’il aime aussi bien sûr. Fred (Alain Cohen) aime toutes les femmes, donc forcément il les trompe toutes, les unes avec les autres. Georges (Alain Chabat) aime sa femme Nathalie (Emmanuelle Seigner, dans un rôle particulièrement ingrat), même s’il l’oublie parfois au fil de leurs engueulades gratuites. Au moins il n’a pas envie de la tromper, puisque son obsession pour les berlines allemandes lui coupe sa libido.

Il faudrait presque féliciter Yvan Attal d’avoir réussi à n’éviter aucun cliché: les hommes sont de pauvres coeurs d’artichauts, si attachants finalement, car perdus comme des navires dans la tempête, sans une représentante du sexe faible pour leur tenir la main. Au fil de „Ils se marièrent …“, on finit même par compatir avec eux, puisque leurs femmes sont soit des syndromes prémenstruels ambulants, soit des amazones avec des voix de crécelle. Les enfants quant à eux sont franchement chiants, ils posent trop de questions et passent l’aspirateur quand papa veut regarder la télé.

Presque malgré soi, il faut reconnaître que tout ça peut parfois être assez marrant, mais Yvan Attal est complètement passé à côté de son sujet, en préférant enchaîner les blagues faciles, plutôt que de poser les vraies questions. Il y a trop de couples, trop de personnages secondaires, trop de conflits, qui, pris de manière isolée, auraient pu donner un bon film. C’est incroyablement frustrant de voir comment,
à chaque fois que ça commence à devenir intéressant,
Attal se ramène avec une nouvelle anecdote facile et
superficielle.

Le public reste sur sa faim. Gabrielle est au courant que Vincent la trompe, mais pourquoi ne réagit-elle pas? Sa maîtresse évoque vaguement la possibilité de mettre un terme à leur relation, par culpabilité sans doute, mais cela s’arrête là. Les sujets importants sont à peine effleurés, l’intrigue n’évolue pas d’un iota et aucune des multiples fins que propose Attal n’apporte une véritable conclusion. Au bout du compte, Johnny Depp (aussi sexy que la borne d’écoute à laquelle Charlotte Gainsbourg doit s’agripper pour ne pas s’évanouir) fait figure de deus ex machina et délivre le spectateur dans un épilogue aussi surréaliste que grotesque.

A l’Utopia.


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