PARK CHAN-WOOK: Le crime de l’oubli

Avec „Old Boy“, Park Chan-Wook signe un chef-d’oeuvre dans le genre du thriller intelligent. Histoire d’un homme forcé au moyen d’une violence extrême à se confronter avec son passé coupable.

Film culte en Corée, „Old Boy“, chouchouté par Quentin Tarantino a reçu le Grand Prix à Cannes cette année. Autant vous dire qu’il s’agit d’un film plutôt intellectuel, regorgeant de messages, de citations, de doubles sens et de renvois. Fans de karaté s‘

Un homme dans une station de police, très saoul, sa chemise est ouverte, il porte des ailes blanches. Coupe. Interrogatoire violent, coups. Coupe. L’homme avec son copain, encore en train de se saouler. Dans une cabine téléphonique, il appelle sa fille, son copain reprend le récepteur. Lorsqu’il se retourne, l’homme a disparu. Tout ce qui reste de lui n’est qu’un sachet en papier avec les ailes. Coupe.

C’est maintenant que commence l’horrible histoire de Oh Dae-Soo, joué par Min-Shik Choi, connu grâce à „Ivre de femmes et de peinture“. Enlevé par un inconnu, il est séquestré dans un appart merdeux. Tortures, maltraitance, nourriture répugnante, drogues, tentatives de suicide, puis volonté de vengeance. Son seul compagnon: une télévision. Un jour, il apprend dans les nouvelles qu’il aurait tué sa femme. Il comprend qu’en fait, quelqu’un veut se venger de lui. Il commence à noter dans un journal „toutes les mauvaises choses que j’ai pu faire aux autres“ et qui pourraient être à l’origine de cette vengeance. Après quinze ans, il est libéré de sa „petite prison“. Mais le monde ne s’avère être qu’une plus grande prison, et son vengeur le force à rechercher les raisons de la violence qu’il continue à subir.

L’extraordinaire dans ce thriller qui n’en est pas vraiment un, c’est justement l’inversement des rôles. „C’est le comment qui compte, pas le qui,“ dit le vengeur. On ne cherche pas le tueur, c’est le tueur qui doit chercher le motif du vengeur et le comment de sa vengeance. La violence omniprésente dans le film, en devient en même temps plus esthétisée et plus difficile à supporter. Le point de vue choisi met l’audience dans la peau de Oh-Dae-Soo, elle subit ce qu’il doit subir, en se demandant si cette violence est peut-être justifiée.

Cette odyssée sanglante est mise en scène par le cinéaste coréen Park Chan-Wook avec des images impressionnantes, mais maîtrisées, où la misère du studio-prison, le vide des buildings, les couloirs souterrains ont une touche de beauté morbide. Les bagarres, sans être gratuites, ressemblent à des chorégraphies ou à des fresques. Ce n’est pas un hasard, puisque le film se base sur un „manga“, un cartoon japonais. Les scènes courtes, les coupes et les flash-back soulignent le rythme rapide. La musique y est pour quelque chose: dès le premier instant du film, elle est là, tango dramatisant ou techno accélérant, puis valse-déprime, puis c’est le silence, puis elle reprend à une allure presque classique. D’ailleurs, un extrait des „Quatre saisons“ de Vivaldi, placé au bon moment, ironise le sort de Oh-Dae-Soo. A elle seule, la bande de son est une petite merveille.

L’ironie, très présente au début du film disparaît de plus en plus au profit de la résolution tragique du mystère. C’est là un des reproches que l’on pourrait faire au réalisateur, pour le reste magistral: le dénouement un peu laborieux de cette histoire absurde lui fait perdre son effet. Le film plonge dans une fin tragique trop longue et compliquée pour vraiment nous émouvoir et nous faire ressentir les conséquences mortelles du crime dont Oh-Dae-Soo est coupable – avoir „trop parlé“ et „simplement oublié“. L’autre reproche qu’on pourrait faire, c’est que contrairement à „Kill Bill“ par exemple, le rôle des femmes est ici désespéramment traditionnel.


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