CINEMA: Lost in Russia

von | 25.02.2005

Deux artistes et l’homme le plus fort du monde: Pour leur premier film Boris Kremer et Antoine Prum ont suivi Georges Christen en Russie.

Qui est le plus fort? Georges Christen se prépare pour une nouvelle entrée dans le Livre des Records.

Manoeuvre risquĂ©e que d’appeler son film „Tour de Force“ – un mauvais jeu de mot est sur le bout de la langue. Mais le tour de force semble plutĂ´t avoir prĂ©cĂ©dĂ© la sortie du film des deux artistes Boris Kremer et Antoine Prum. Comme le producteur Paul Thiltges l’a soulignĂ© lors de l’avant-première jeudi dernier, le financement du projet a pris des allures de vĂ©ritable parcours du combattant. Dans un premier temps, le Fonds de soutien Ă  la production audiovisuelle n’aurait pas Ă©tĂ© très chaud pour soutenir ce premier effort de deux jeunes gens venant plutĂ´t du domaine des arts plastiques. Finalement c’est grâce au soutien du Fonds, du Ministère des Affaires culturelles et du MusĂ©e d’Art moderne (Mudam) que le coup d’envoi a pu ĂŞtre donnĂ©.

Dans son discours, Thiltges a Ă©numĂ©rĂ© toutes les embĂ»ches qui ont semĂ© le chemin en insistant sur le fait que, puisqu’il avait Ă©tĂ© si difficile Ă  faire, le film mĂ©rite l’indulgence du public. A chaque prĂ©sentation d’un film luxembourgeois, c’est un peu le mĂŞme propos: „Nous avons fait des efforts, donc ne nous cassez pas tout de suite.“ Et pourtant „Tour de Force“ n’a aucunement besoin de ces mises en garde. La polĂ©mique et les affrontements entre critiques et crĂ©ateurs qui prennent actuellement des dimensions presque ridicules risquent d’Ă©craser sous leur
poids un film insolite et souvent passionnant.

Certes, ceux et celles qui s’attendent Ă  un exercice artistique classique risquent d’ĂŞtre déçu-e-s. Le produit final est un documentaire, mi-„Strip-tease“ mi-film-d’amateur, sans commentaires explicatifs et sans recherche esthĂ©tique particulière. Toute tentative de composition aurait d’ailleurs nui au propos. Les images floues, granuleuses, les plans approximatifs et les coupes presque maladroites collent bien au dĂ©cor: des salles de sports lĂ©gèrement glauques, des chambres d’hĂ´tel tristounettes, des clubs peu glamoureux oĂą des danseuses en costumes fluo se meuvent sur des tubes des annĂ©es 80. Il y a des longueurs indĂ©niables – on a plus d’une fois une folle envie de crier au fast forward – mais mĂŞme ce choix se justifie: la lassitude qui envahit la salle illustre les temps morts qui sont le propre d’une telle tournĂ©e oĂą il faut par tous les moyens essayer de s’occuper entre les spectacles.

Antoine Prum et Boris Kremer avaient orchestrĂ© ce tour de Georges Christen Ă  travers la Russie dans le seul but de pouvoir en tirer ce film. Du coup, la distinction entre rĂ©alitĂ© et fiction devient difficile Ă  faire. Ont-ils spĂ©cialement recherchĂ© les personnages insolites qui peuplent le film ou est-ce que l’hasard a bien fait les choses? „Tour de Force“ est plus que surrĂ©aliste: Ă  certains moments, on se demande si Christen est bien en Russie ou s’il n’a pas Ă©tĂ© propulsĂ© par erreur sur une planète lointaine lors de sa visite du musĂ©e des cosmonautes Ă  Moscou.

VoilĂ  la seule chose qu’on pourrait reprocher au documentaire. Il est en effet très drĂ´le, mais on a plus souvent l’impression de rire des gens que de rire avec eux. Contrairement Ă  ce qu’il en Ă©tait pour „Life is sweet“ de la rĂ©alisatrice luxembourgeoise Anne Schiltz, qui a suivi un peu la mĂŞme dĂ©marche, mĂŞme si c’Ă©tait dans un but anthropologique, il est ici impossible de s’attacher aux personnages hauts en couleur. „Tour de force“ prend ainsi des dimensions presque tragiques, puisque les gens sont prĂ©sentĂ©s Ă  l’Ă©cran dans toute leur vulnĂ©rabilitĂ©. La
„freak show“ dĂ©file sans pitiĂ©, au point que cela en devient douloureux. C’Ă©tait peut-ĂŞtre la volontĂ© de Kremer et Prum, mais on ne peut s’empĂŞcher de se sentir mal Ă  l’aise devant la salle qui s’esclaffe. En tout cas, on est loin du regard attendri et parfois trop nostalgique qu’Andy Bausch porte sur les personnes dont il choisit de brosser le portrait dans ses documentaires.

„Tour de force“ n’est finalement ni un film sur Georges Christen – d’ailleurs presque Ă©clipsĂ© par son traducteur AndreĂŻ Volfson – ni sur la Russie. C’est un objet artistique dans le sens oĂą il prĂ©sente une certaine vision du monde et de la sociĂ©tĂ© – un grand cirque oĂą chacun-e serait un peu phĂ©nomène de foire.

Reste Ă  se demander si ce documentaire a sa place dans les salles de cinĂ©ma. C’est vrai que l’image ne sort pas très bien sur grand Ă©cran, mais le but pour les producteurs Ă©tait avant tout d’attirer l’attention du public sur cet objet cinĂ©matographique non identifiĂ©. Pari rĂ©ussi.

A l’Utopia.

Dat kéint Iech och interesséieren

KINOKULTURTIPP

Im Kino: The Chronology of Water

Kristen Stewart gibt mit „The Chronology of Water“ ein kompromissloses Regiedebüt. Die Adaption von Lidia Yuknavitchs Memoiren überzeugt jedoch weniger durch formale Konsequenz als durch die intensive Präsenz von Hauptdarstellerin Imogen Poots. Mit „The Chronology of Water“ legt Kristen Stewart ihr Regiedebüt vor – und zwar keines, das sich...