CINEMA: Travesty Show

„Stage Beauty“ de Richard Eyre, une comédie d’époque ambitieuse sur les rôles et identités sexuels, n’est pas une réelle alternative à la „Cage aux folles“.

L’idée était attrayante: se servir d’un décor de théâtre du 17e siècle afin d’y situer une réflexion sur les rôles que doivent jouer les femmes et les hommes dans la société. Et le fait qu’en Angleterre, les femmes n’avaient avant 1660 pas encore accès à la profession d’actrice se prêtait à merveille pour aborder des sujets comme l’émancipation, l’homosexualité, la travestie, la prostitution ou même la concurrence sur le marché du travail.

Sur scène, un gentleman déguisé en femme est en train de jouer la Desdémone dans „Othello“ de Shakespeare. Puisque les femmes ne sont pas admises, la coutume veut que les rôles féminins reviennent à des hommes pour la plupart homosexuels. Comme toutes les tentatives de prohibitionnisme, le système profite à certains: dans l’absence d’une forte concurrence, des hommes comme Kynaston peuvent gagner leur vie grâce à leur „spécialisation“.

Kynaston, joué par Billy Crudup, incarne une figure de femme comme le public du 17e siècle aime les voir: maniérée, fragile, délicate. Maria (Claire Danes), son assistante dévouée, l’observe tous les jours lors des répétitions, au point qu’elle connaît le texte de la pièce par coeur. Mais bien sûr, arrive le jour où elle voudrait elle-même monter sur scène. Elle arrive effectivement à se glisser sur les planches, mais – une fois la jeune femme démasquée – son audace va déclencher un processus de remise en question du système. Sa vie s’en trouve bouleversée, de même que celle de Kynaston, pour lequel elle a un tendre penchant, bien qu’il lui préfère les hommes. Le roi Charles II (Rupert Everett) décide de lever l’interdiction. Et c’est le renversement des rôles: tandis que Maria devient une star, Kynaston n’a plus la cote.

L’idée donc était intéressante, mais quel gâchis! D’abord, c’est mal joué: Billy Crudup surtout déçoit par une interprétation fade et superficielle, mais Claire Danes ne fait pas beaucoup mieux. Il faut reconnaître que le scénario n’est pas fait pour les mettre à l’aise: s’annonçant d’abord comme une version intellectuelle, mais amusante de „Shakespeare in Love“, l’intrigue s’empêtre dans les contradictions et les invraisemblances à mesure que le film avance. L’histoire part dans tous les sens et l’intérêt qu’il pouvait y avoir au début se perd en chemin.

D’ailleurs, le film hésite entre les genres: tantôt on assiste à des réelles scènes de cinéma, tantôt les acteurs et actrices déclament leurs textes comme sur une scène de théâtre. Malgré les ambitions du film à promouvoir l’émancipation, les scènes humoristiques pêchent par leur platitude – le roi qui se laisse convaincre à promulguer une réforme en se faisant tailler une pipe par sa maîtresse, ce n’est pas vraiment très original.

Mais ce qui est pire, c’est que, même si le film veut se donner un air progressiste, le message est décevant, surtout en ce qui concerne l’homosexualité. Elle est soit présentée comme un agréable divertissement, soit comme une erreur de jeunesse voire même le résultat d’un endoctrinement par des éducateurs pervers. Le vrai Kynaston s’étant marié après sa carrière au théâtre, le film le présente d’abord comme un gay invétéré, mais qui va finir par retrouver sa masculinité grâce au pouvoir de séduction d’une femme. Par-dessus tout, le décor verse dans le kitsch: brumes londoniennes, maisonnettes pittoresques, crottes de cheval et calèches somptueuses partout. On est loin d’un „Farinelli“ ou d’un „Liaisons dangereuses“, qui, bien qu’étant films d’époque, avaient pu émouvoir et provoquer des discussions.


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