CINEMA: Les meilleures intentions

Dans „Travaux, on sait quand ça commence …“, le réalisatrice Brigitte Roüan tente de faire passer son message sur le ton
de la comédie.

Noyer l’enfant avec le bain: pour se débarrasser d’un amoureux qui s’incruste, Chantal (Carole Bouquet) transforme sa maison en chantier.

Absente de la grande toile depuis sept ans en tant que réalisatrice, Brigitte Roüan semble avoir voulu tenter le tout pour le tout avec une comédie décalée et doté qui plus est d’un message social. Ce dernier aurait cependant mérité d’être mieux exploité.

Au centre de l’histoire, il y a Chantal Letellier, une avocate admirable. Elle remporte tous ses procès, au point que, lorsqu’elle se retrouve face au barreau, c’est un cador. En revanche, sa vie privée est une véritable catastrophe. Divorcée et mère de deux ados, Chantal a un peu de mal à gérer ses relations sentimentales. Côté amour, c’est le désert affectif total. Mais lors d’une soirée trop arrosée, elle se paie un de ses clients qui, au détour d’une nuit plutôt mémorable, tombe éperdument amoureux de Chantal. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Frankie s’incruste – au grand dam de sa dulcinée. N’ayant pas suffisamment de poigne pour l’obliger à dégager le plancher,
elle se lance dans d’énormes travaux, afin de rendre sa maison impraticable.

Dès le départ, le décalage entre le personnage interprété par Carole Bouquet et le rythme du film est frappant. Carole joue la femme pressée, tandis que le montage traîne les pieds. „Travaux, on sait quand ça commence Ù“ regorge de ce genre de petits décalages. Manque de rythme, mais manque de tact aussi comme dans le cas d’une grossière caricature des ouvriers portugais.

Pendant une heure, nous avons droit à un véritable cafouillage avec des scènes qui restent à l’état d’esquisses et se démarquent surtout par leur caractère très bruyant. Le film ne parvient pas à décoller, il tourne en rond, visiblement en mal d’un scénario cohérent qui puisse tenir la distance. Pendant ce temps, Carole Bouquet fait de son mieux. Elle épate le spectateur par sa manière de plaider et nous fait même preuve d’une certaine habileté, lorsqu’elle tente quelques pas de danse.

„Travaux, on sait quand ça commence Ù“ se veut cependant plus qu’une comédie ordinaire – Brigitte Roüan tente également de montrer du doigt les travers de la politique sociale française. La problématique des sans-papiers lui sert pour cela de fil rouge. Voilà une bonne intention. Néanmoins, cette tentative est d’une maladresse stupéfiante. D’un côté, nous voyons Chantal qui ne sait comment gérer les sautes d’humeurs bourgeoises de sa fille et de l’autre, Chantal qui va à la rencontre de la véritable misère sociale des sans-papiers, vivant dans les sous-sols parisiens sans eau ni électricité. Certes, on a compris que la réalisatrice voulait mettre en évidence le contraste entre privilégiés et ceux qui vivent en marge de la société, mais elle le fait de manière bien trop démonstrative. Et comme si cela ne suffisait pas, le film se termine sur une scène d’effets spéciaux qui tombe comme un cheveu dans la soupe et une dédicace qui sent plus la provocation que la reconnaissance: „Merci à tous ceux qui ont traversé les mers pour venir nous enrichir“.


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