CINEMA: Salut les copains

Trois ans après
le succès de l'“Auberge espagnole“, on retrouve Xavier et ses ami-e-s Erasmus dans „Les poupées russes“.

Petit rappel. A la fin de l'“Auberge espagnole“, on quittait Xavier, interprété par Romain Duris, qui venait juste de larguer un job au Ministère des finances pour réaliser enfin son rêve – devenir écrivain. La conclusion était presqu’un peu trop idéaliste et on se demandait quand même si les lendemains ne risquaient pas de déchanter. Dans „Les poupées russes“, on le retrouve effectivement à tour de rôle nègre et auteur de bluettes. Plus que son manque de réussite professionnelle, ce sont ses déboires sentimentaux qui le taraudent. Il enchaîne les aventures de façon à faire rougir les héroïnes de „Sex and the City“, tout en espérant tomber sur la perle rare, „la“ femme idéale avec laquelle il voudrait fonder une famille. „Les femmes, c’est comme les poupées russes“, explique-t-il, „on se demande toujours quelle sera la dernière.“

Pour faire simple, la différence entre les deux films pourrait se résumer ainsi: dans l'“Auberge“, une bande de post-ados essayaient de savoir qui ils étaient et dans „Les poupées russes“, ils luttent pour pouvoir rester fidèles à cette image d’eux-mêmes. La grande force du film – et des films de Cédric Klapisch en général d’ailleurs: ses protagonistes, on a l’impression de les connaître, et leurs problèmes pourraient très bien être les nôtres.

Forcément, les critiques français n’ont pas apprécié et ont taxé le film de „sympa“. Oui, Klapisch fait des films sympas, légers, mais au moins cela nous change des comédies pas drôles d’un Yvan Attal ou des drames artificiels et pesants d’un François Ozon. Comme si c’était un crime de faire un film qui n’exaspère pas son public.

Pour une fois, un cinéaste réussit à montrer des personnages véritablement humains, névrosés, mais pas trop. Romain Duris s’est enfin retrouvé après le décevant „De battre mon c´ur s’est arrêté“. Il campe habilement un personnage un brin macho, tantôt antipathique, tantôt attachant. Audrey Tautou fait encore mieux. Elle crève l’écran dans le rôle de Martine, jeune mère célibataire et alter-mondialiste. Kelly Reilly, alias Wendy, l’Anglaise, est une véritable découverte. La seule qui déçoit est Cécile de France, qui en fait clairement trop. Autant le personnage de la lesbienne Isabelle était rafraîchissant dans „L’Auberge espagnole“, autant il est caricatural dans la suite. La scène où elle se balade dans une robe comme un bûcheron en overdose de testostérone est à la limite du ridicule.

Plus que son prédécesseur, „Les poupées russes“ est une suite d’épisodes. Audrey Tautou, très présente dans la première moitié du film, disparaît complètement dans la seconde partie. Le réalisateur juxtapose les petites histoires et ne les raconte pas toujours jusqu’au bout. On dirait une dizaine de courts métrages – certain-e-s apprécieront, d’autres regretteront un manque de cohérence, mais au bout du compte, l’ensemble tient la route. A l’heure où l’Europe est en pleine crise, le réalisateur a heureusement un peu freiné son Euro-enthousiasme qu’il avait affiché dans „L’Auberge espagnole“.

Reste à savoir si ceux et celles qui n’ont pas vu le premier film pourront apprécier la suite. Une grande partie du plaisir est dans le fait de retrouver la bande d’étudiant-e-s Erasmus et de voir ce qu’ils sont devenu-e-s. Parce qu’ils nous renvoient également l’image de ce que nous sommes et ce que nous voudrions devenir.


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