ANDREW STANTON: Le monde de Nemo

Le triomphe de l’infographie et sa mainmise sur ce que l’on appelle toujours „dessin animé“ n’engendre pas forcément que des chefs-d’oeuvres …

Depuis que les créatifs des studios „Pixar“ ont ébloui le monde de l’animation avec „Toy Story“ et confirmé leur savoir-faire avec „Monstres et Cie“, ils semblent vivre sur un véritable nuage, comme s’ils étaient persuadés que plus rien ne pourrait leur arriver.

„Le Monde de Nemo“, leur nouvelle production, était déjà considérée comme l’événement de la dernière édition du Festival de Deauville en septembre dernier, bien avant que le film n’y soit présenté en avant-première. C’est vous dire à quel point public et presse sont avides des ´uvres de Pixar. A ce point que les avis ne sont pas toujours très objectifs, ce que l’on peut constater un peu partout dans la presse spécialisée. Car „Le Monde de Nemo“ ne ressemble pas tout à fait à un monde parfait.

Ce qui différencie l’approche des studios Disney de ceux de leur filiale Pixar, c’est avant tout l’originalité des histoires de cette dernière, tout comme son absence de recours à des clichés et à une morale préétablie. Or, avec „Le Monde de Nemo“, la frontière entre Walt Disney et Pixar n’est plus aussi franche qu’elle ne l’était à l’époque de „Toy Story“, par exemple. En fait, la morale s’y retrouve à chaque bulle d’air et la fin est connue bien avant le début de l’intrigue.

Nemo est l’unique rescapé du massacre de ses 400 frères et s´urs ainsi que de sa mère, perpétré par un barracuda. Forcément, son père veille sur lui d’autant plus que Nemo, pour des raisons de nageoires atrophiées, nage moins bien que les autres poissons. A la rentrée des classes, Nemo est impatient de retrouver ses camarades et de jouer à saute-goujon ou à colin-maillard. Cette rentrée est également l’occasion rêvée pour Nemo d’aller enfin explorer l’Océan sans que son père ne lui „colle aux nageoires“. Mais l’imprudence et la désobéissance sont des vilains défauts: Nemo en fera l’amère expérience lorsqu’il se fera capturer par un plongeur et finira son exploration au fond de l’aquarium d’un dentiste. Sentant son rejeton en danger, le père de Nemo décide d’affronter les dangers de l’Océan pour sauver son fils …

Le monde de l’animation a évolué de manière spectaculaire. La technologie informatique nous permet désormais de voir des dessins animés où l’on confond volontiers réalité et fiction, tellement les images sont belles, les dessins précis et les décors semblent sortir tout droit des reportages du Commandant Cousteau. Mais ce réalisme ne gâche-t-il pas quelque peu l’essence même du dessin animé? Qu’en est-il du charme du crayonné?

L’eau à la bouche?

Curieusement, cette nouvelle ère du cinéma d’animation va de pair avec une sorte de banalisation – sournoise – de la violence, pour certains dessins animés, et de la peur, comme cela a été le cas à l’époque du „Roi Lion“, et même du „Monstres et Cie“ précité, où certains enfants ont été marqués, persuadés qu’un monstre les guettait derrière la porte de leur placard. Dans le cas de „Le Monde de Nemo“, le requin ennemi a beau faire partie d’une association proche des alcooliques anonymes et s’engager à devenir végétarien (ce qui est assez drôle), le surprenant réalisme de ce dernier a tout pour traumatiser un public jeune. Il est d’ailleurs peu probable que les moments d’humour et les clins d’oeil, tels le nom du requin, Bruce, en hommage au requin de Spielberg, ou encore l’adresse de résidence du dentiste, hommage à un autre film d’animation, „Wallace et Gromit“, seront seulement captés par les jeunes. Et puis, le tohu-bohu dentaire a de quoi faire sursauter même leurs parents …

Alors oui, les images sont époustouflantes. Oui, l’univers océanographique est fascinant. Oui, l’histoire est susceptible d’attendrir les enfants et les adultes et enfin, oui, „Le Monde de Nemo“ est bien parti pour cartonner au box-office et ainsi renflouer les caisses de Disney après l’échec de leur dernier dessin animé. Mais … non, le film n’est pas à mettre devant n’importe quels yeux.


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