ZHANG YIMOU: Wuxia et Wonderbra

Les décors et les scènes d’action plairont aux uns et seront jugés démesurés par les autres. Mais „The Curse of the Golden Flower“ est aussi une réflexion sur le pouvoir politique absolu.

Les Chinois auraient-ils inventé non seulement la poudre et l’imprimerie, mais aussi le wonderbra?

Zhang Yimou, réalisateur chinois connu pour des films comme „Le sorgho rouge“ et „Le secret des poignards volants“, a tourné le film le plus cher du cinéma chinois sur des intrigues à la cour des Tang.

„The Curse of the Golden Flower“ est un film éducatif. Sans avoir recours à des statistiques, il nous informe sur la démographie de l’Empire du milieu: 1,3 milliards d’habitant-e-s. Les opulentes mises en scène de foules et l’infinité de serviteurs et de servantes de la Cour impériale rappellent que dans un pays aussi peuplé, l’individu compte peu de chose. Nous apprenons aussi que les Chinois ont inventé le wuxia, l’art martial: une superbe scène de combat individuel entre l’empereur père et le prince Jai, avec des gros plans sur les étincelles produites par le choc des épées sur les armures. Et même dans les scènes de bataille rangée, les protagonistes usent de tactiques „spéciales“, défiant les lois de la gravitation.

Les scènes de cérémonies, tout comme les gros plans, nous rappellent également que la Chine compte quelque 700 millions de paires de seins. Et que les Chinois ont inventé non seulement la poudre et l’imprimerie, mais aussi le wonderbra. Certains critiques y ont vu une tentative de satisfaire la soif de sexe des spectateurs occidentaux, à moins que ce ne soit celle des Chinois eux-mêmes. D’autres l’ont interprété comme une dénonciation du statut de la femme chinoise, sujet récurrent dans les films de Zhang.

Enfin, nous apprenons que les Chinois savent faire du Shakespeare. Une impératrice (Gong Li) en train de succomber à la folie, un fils (Jay Chou) avec lequel elle entretient une relation incestueuse, un père (Chow Yun-Fat) dominant et égomane, une intrigue pour le renverser, tout y est. Cela donne lieu à des scènes de drame psychologique, entrecoupées de meurtres et de massacres qui vont crescendo vers la fin du film. On ne s’ennuie vraiment pas, à condition d’arriver à suivre la trame tordue.

Pour le public chinois ce dernier point ne pose pas de problème, puisque Zhang s’est basé sur une pièce de théâtre archi-connue, „L’orage“, de Cao Yu. Que n’a-t-il simplement conservé le cadre de la pièce, celui d’une famille bourgeoise décadente du début du 20e siècle? La transposition du drame à l’époque des Tang est bien plus qu’un artifice afin de pouvoir mettre en scène des combats spectaculaires et des décors opulents – et anachroniques, selon certains critiques.

Car „The Curse of the Golden Flower“ est aussi un film politique. Une adaptation directe de „L’orage“ aurait donné l’occasion de dénoncer les affres du capitalisme et de l’occidentalisation d’hier et d’aujourd’hui. La transposition met le pouvoir politique au centre de la critique.

„Or et jade à l’extérieur, pourriture à l’intérieur“, ce proverbe chinois résume le message du film. Après le massacre des rebelles dans la Cité interdite, les cadavres et les chrysanthèmes piétinés et souillés de sang sont enlevés et une armée de réserve de pots de fleurs couvre bientôt à nouveau la place. Faut-il voir dans cette Fête des chrysanthèmes sous le signe de l’hypocrisie une allusion aux Jeux olympiques de 2008, sorte de réhabilitation internationale de la Chine après sa mise au ban suite au massacre de 1989?

Certes, le régime actuel, comme l’empereur dans le film, raffole de sagesse confucéenne, tout en ayant recours à des mesures de répression brutales – les guerriers masqués et vêtus de noirs qui tombent du ciel. Il n’est pas pour autant ressenti comme insupportable par une majorité de la population. Mais le régime risque, comme l’empereur, d’être rattrapé par les violences et l’arbitraire du passé et de retomber dans la même folie sanguinaire pour défendre son pouvoir. Est-ce contre cela que le film met en garde? Le personnage fort du film, l’impératrice, est le prototype de la rebelle contre un pouvoir absolu. Or, la rébellion est écrasée, et tout le monde est perdant à la fin. Faut-il voir dans le film un avertissement commandité par le pouvoir en place et adressé à ceux et celles qui seraient tenté-e-s de renverser le régime par la violence? Après tout, suprême paradoxe, c’est Zhang qui a été chargé d’organiser la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques.

„The Curse of the Golden Flower“, à l’Utopolis.


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