JEAN-PAUL SALOMÉ: Jusqu’au bout

Avec « Les femmes de l’ombre », Jean-Paul Salomé a abordé un sujet négligé jusqu’ici: le rôle des femmes dans la résistance. L’intention est bonne, mais la mise en scène laisse à désirer.

Julie Depardieu dans le rôle d‘une prostituée, capable d’assassiner de sang froid.

Des femmes maquillées avec des mitraillettes, un fantasme d’homme? Le réalisateur français Jean-Paul Salomé a abordé avec son nouveau film « Les femmes de l’ombre » un thème qui jusqu’ici ne faisait pas encore tellement apparition dans les discours sur la deuxième guerre mondiale: le rôle des femmes dans la résistance. Même si on attribue à Salomé le don de réaliser des films épiques et un talent d’introspection des figures principales, il se laisse néanmoins emporter par un certain fétiche pour l’héroïsme, des clichés un peu lourds et des images vues et revues.

Cinq femmes, la plupart loin d’être des militantes politiques ou des héroïnes, même si elles vont le devenir à la fin, constituent le centre de ce drame. Elles doivent sauver un militaire anglais de la torture nazie et surtout du risque de la révélation, car s’il parle, tout le réseau s’écroule et les plans secrets de Churchill du débarquement en Normandie seront révélés. Dans cette situation d’espionnage et de trahison figure Sophie Marceau, alias Louise, comme personnage principale. Elle joue le rôle de la plus déterminée dans la mission: engagée dans la résistance française, Louise s’enfuit à Londres après l’assassinat de son mari. Elle est recrutée par le service secret de renseignement et de sabotage piloté par Churchill, le SOE, pour la récupération d’un agent britannique tombé aux mains des Allemands alors qu’il préparait le débarquement sur les plages normandes. Louise doit constituer un commando de femmes spécialement choisies pour les besoins de l’opération: Suzy (Marie Gillain), danseuse de cabaret qui sait séduire les hommes; puis Gaëlle (Deborah François), chimiste spécialisée en explosifs; enfin, Jeanne (Julie Depardieu), prostituée, capable d’assassiner de sang froid. Parachutées en Normandie, elles sont rejointes par Maria (Maya Sansa), juive italienne, opératrice radio et dernière collaboratrice de la mission. Ces femmes, qui de par leur personnalité, leurs craintes et leurs convictions sont tout à fait différentes, se rapprochent au fur et à mesure de l’escalade du danger et de la violence. C’est l’évolution de ces caractères et la solidarité au sein de ce groupe, qui intéresse Salomé. Car même si la libération de l’agent britannique va bien se passer, la mission commence à se compliquer: le SOE désire l’élimination d’un des principaux personnages du contre-espionnage nazi, le colonel Karl Heindrich (Moritz Bleibtreu), qui subodore le prochain débarquement en Normandie.

Dans « Les femmes de l’ombre », Salomé travaille surtout avec l’émo-tion et des images fortes. Même si le film traîte d’un thème intéressant à savoir le rôle des femmes dans la résistance, la mise en scène n’est pas tout à fait crédible. Ainsi, le film possède des qualités parmi lesquelles des moments intenses, un travail de reconstitution des décors impressionnant et une construction narrative classique assez développée – mais toutes ces qualitées se dirigent malheureusement un peu trop vers le film d’action. Le martyre des personnages est trop accentué, ce qui donne à ce sujet ambitieux une vision plutôt « romanesque » de la réalité. Salomé ne s’est pas très éloigné des clichés des films de guerre – aussi parce qu’il se concentre plus sur ses héroïnes sexy que sur l’histoire qui les conduit. Si ce film constitue un hommage aux femmes engagées dans la résistance, « Les femmes de l’ombre » reste une épopée cinématographique qui élude des questions beaucoup plus
complexes.

A l`Utopia.


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