EUTHANASIE: L’agonie du CSV

Depuis le vote du parlement en faveur de l’euthanasie, le CSV se croit cerné. Ses gesticulations récentes à ce sujet prouvent à quel point il est incapable d’envisager une défaite.

Oups. Cela n’aurait pas dû arriver. Un papier stratégique interne du CSV au sujet de l’euthanasie a atterri dans les rédactions de la presse grand-ducale. Décidément, le parti de Werner, Santer et Juncker n’est plus ce qu’il était. Le CSV perd son étanchéité légendaire. Le vieux navire prend l’eau. Va-t-il couler ? En tout cas, ses stratèges voient le cuirassé noir dangereusement cerné par une escadre hostile de frégates rouges, bleues et vertes. Peu habitué à la défaite, le CSV voit dans le vote sur l’euthanasie une sorte de conjuration dont il serait la cible : « … même pour notre partenaire de coalition, il fut crucial de mettre le CSV en minorité sur ce texte », peut-on lire dans le papier.

Car ces derniers temps, les rumeurs et les spéculations catastrophiques vont bon train auprès de certaines têtes pensantes du CSV. A l’approche des élections de 2009, elles voient leur parti rejoindre bientôt les bancs de l’opposition, victime d’un complot entre socialistes, libéraux et verts. D’aucuns vont même jusqu’à soupçonner le populaire Jean Asselborn : à la tête d’une coalition arc-en-ciel, celui-ci se verrait bien entrer dans l’histoire du pays comme premier chef de gouvernement socialiste du pays. Le vote sur la proposition de loi Err-Huss aurait en ce sens constitué une « répétition générale » de la manoeuvre post-électorale.

Les jeux sont loin d’être faits, mais le scénario est plausible. En effet, cette alternative séduirait non seulement un électorat plus jeune, mais également une partie de la base de ces trois partis. Et depuis la montée en puissance au sein du DP d’une nouvelle génération (Meisch, Bettel, Gudenburg) et le retour du social-libéral Goerens sur le devant de la scène des bleus, l’on constate une aliénation certaine du DP par rapport au CSV.

Or, au cas où l’incontournable Jean-Claude Juncker devait céder sa place à l’Hôtel de Bourgogne pour cause d’occupations européennes, le CSV devrait le remplacer. Sa succession n’est actuellement pas clarifiée, avec nombre de candidats parmi lesquels aucun ne sort de l’ombre tutélaire du « big boss ». Si l’on considère que l’éclatant succès électoral du CSV en 2004 était en grande partie dû à sa personne, il est aisé de prévoir un reflux de la marée noire. Qui sait ce qu’il arrivera si l’équilibre parlementaire, qui autoriserait déjà l’arc-en-ciel avec 31 sièges sur 60 continuait à se déplacer? On verra.

Mais en marge de ces spéculations électorales, il convient de prendre acte de l’état d’esprit qui règne au sein du CSV. En cela, le papier interne et les propositions de « compromis » du parti confirment son incapacité à gérer sa perte d’hégémonie dans le jeu politique. Même minoritaire, le CSV ne conçoit pas un instant qu’une loi puisse passer sans son aval. Et interprète un vote qui lui déplaît comme une déclaration de guerre. Dans cette affaire, les député-e-s qui ont voté oui en première lecture feraient bien d’ignorer les propositions du CSV, tant il est clair – et le papier interne en témoigne ? qu’elles mettent en cause l’esprit de la proposition de loi. Il est tout de même effarant de voir de quelle manière le CSV, malgré le vote du parlement, tente, par ses manoeuvres, de « refaire le match » en sa faveur ? et cela manifestement contre la volonté du plus grand nombre.


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