VIOLENCES DANS LES TRANSPORTS: Une question
de société

La journée internationale des cheminots contre la violence ne se résume pas à une condamnation d’actes inadmissibles. C’est surtout une mise en cause de la gestion des transports publics dans le contexte néolibéral.

Tandis qu’aussi bien au Luxembourg que chez nos pays voisins les gouvernements répondent aux actes de violence par des politiques purement répressives, les syndicats de cheminots ont laissé entendre, le 28 avril, lors de la journée d’action internationale des cheminots contre la violence, un son de cloche plus nuancé. « Les cheminots ne veulent pas payer pour une crise dont ils ne sont pas responsables », s’est exclamé Nico Wennmacher, président de la FNCTTFEL. Le parallèle est justement choisi : le problème des incivilités et des violences ne peut être uniquement imputé à des comportements déviants qu’il s’agirait de réprimer.

Il faut en effet aller plus loin : la violence est un problème sociétal, et comme l’a indiqué à juste titre Jean-Claude Thümmel dans un article du « Signal », l’organe du syndicat, il existe un lien entre « le déclin économique, l’exclusion et la violence ». L’attitude des syndicalistes et du personnel des CFL, premiers touchés par ces actes de violences, aurait pu se résumer à une position en faveur d’une répression accrue. Mais ce serait ignorer la racine du problème.

Depuis des années, voire des décennies, les transports publics, et les chemins de fer en particulier, font face aux coups de boutoir répétés des partisans de la libéralisation de cet important moyen de transport. A cela s’ajoutent les coupes sombres au niveau du personnel. Certes, il est facile, depuis le café du commerce, de vitupérer contre les agents des CFL, supposés privilégiés et fainéants. Et pourtant, qui dit chemins de fer efficaces et modernes, convient qu’ils doivent être publics et accompagnés d’investissements sérieux, non seulement au niveau des infrastructures, mais également des ressources humaines.

Il ne s’agit évidemment pas de monter une caméra dans chaque wagon et de faire appel aux agents de police pour assurer la sécurité des voyageurs et des travailleurs des transports. Il s’agit surtout de faire en sorte que les transports en commun ne deviennent pas un no man’s land, surtout à certains horaires moins fréquentés. Des agents stressés – et cela existe aux CFL, n’en déplaise à leurs détracteurs – ainsi que des conditions de travail de plus en plus précaires doublées d’une accumulation de tâches due au manque de moyens humains : tout cela culmine vers un climat tendu et un recul de la convivialité dans cet espace public.

La convivialité justement. C’est certainement une des valeurs que la société néolibérale fait reculer le plus massivement. Le respect de soi, des autres et du bien commun, la prévenance et la solidarité sont des valeurs en contradiction avec une société basée sur le profit maximal et immédiat. Résultat : des voyageurs tendus, voire violents, font face à des agents des transports tout autant sur leurs gardes et qui peuvent parfois perdre patience. Lorsque aussi bien les uns que les autres ressentent un manque de respect par rapport à leur personne ou à leur statut dans la société, lorsqu’ils ressentent que les pouvoirs publics les laissent seuls face aux dégâts engendrés par notre société du profit rapide, alors il ne faut pas s’étonner que les rapports de force se répètent à tous les niveaux de la vie sociale.


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