ALLEMAGNE: Peur du bolchevique ?

von | 04.09.2009

Oskar Lafontaine est-il un moujik serrant un couteau entre les dents ? L’attitude de l’establishment allemand envers la gauche ne s’est pas encore défait de ses réflexes de guerre froide.

Les élections régionales en Allemagne du week-end dernier où les parlements des Länder de Sarre, de Thuringe et de Saxe ont été renouvelés, sont assez riches en enseignements. Et tout particulièrement chez nos voisins en Sarre. Cette région industrielle regarde à nouveau à gauche. La majorité absolue de la CDU a fondu pour se retrouver à 35 %, et, si le SPD continue à s’étioler (de 30 à 24 %), Die Linke, emmenée par le « dernier stratège de la politique allemande » (dixit Der Spiegel), Oskar Lafontaine, fait son entrée fracassante dans le Landtag avec 21 % des suffrages (contre deux en 2004). En y ajoutant les résultats des Verts qui restent stables autour de 5 %, rien ne s’oppose, d’un point de vue arithmétique du moins, à l’alliance la plus « naturelle », à savoir rouge-rouge-vert. Ce qui serait évident en France ou même logique au Luxembourg – et en fait dans presque tous les pays européens où de telles situations peuvent se présenter – semble être particulièrement compliqué en Allemagne. D’une perspective de gauche, l’on pourrait en effet se montrer sceptique : Die Linke aurait-elle intérêt à gouverner, ne serait-ce qu’au niveau régional, avec le SPD et les Verts, artisans du démantèlement de l’Etat providence allemand ?

Mais le problème se pose différemment. Si les sociaux-démocrates sarrois se sont fait à l’idée que gouverner ensemble avec Die Linke est tout à fait possible, les Verts restent dans une intrigante ambiguïté. Ces derniers privilégieraient une alliance avec la droite, à savoir la CDU et les libéraux du FDP. C’est à la lueur de telles considérations que l’impression grandit qu’un fossé se creuse entre un électorat allemand dont une grande partie éprouve la nécessité d’une politique de gauche et certains leaders politiques, économiques et médiatiques, dépeignant Die Linke comme un parti désirant rétablir une dictature. A entendre certains commentateurs politiques, mais également des responsables politiques de la CDU, du SPD ou même des Verts, l’on est amené à penser à la droite américaine, qualifiant la politique d’Obama de socialiste ! Si le ridicule tuait, il y aurait une hécatombe non seulement au Bundestag mais dans la plupart des grandes rédactions allemandes.

Le plus aberrant est l’hystérie autour de Die Linke. D’autant plus que ce parti est loin d’être une avant-garde révolutionnaire, mais campe plutôt sur des positions que le SPD occupait naguère. Le ridicule est définitivement atteint lorsque la personne d’Oskar Lafontaine est mise en cause : alors que celui-ci faisait encore partie de l’establishment politique allemand jusqu’à la fin du siècle dernier en tant que ministre-président de la Sarre, président du SPD et même candidat à la chancellerie (et, évidemment, furtif ministre fédéral des finances), il est désormais l’incarnation du diable. Même Jean-Claude Juncker s’est emporté outre-moselle, déclarant lors d’un meeting électoral de la CDU sarroise que « nous » (au nom de qui parlait-il au juste ?) ne voulions pas de « rouge-rouge » derrière nos frontières. Récemment, c’est un des derniers rejetons de la dynastie von Boch – Wendelin – le patron de l’entreprise de faïence, qui menace de délocaliser son siège social de la Sarre vers le Luxembourg (duquel ce cher aristocrate délocalise les ouvriers vers la République tchèque), si les « rouges » venaient à gouverner à Sarrebruck.

Que de tels propos émanent d’un patron de droite bien né n’est pas étonnant. Ce qui est par contre plus préoccupant, ce sont les difficultés qu’éprouvent des partis classés à gauche (SPD et Verts) de ne tirer aucune conséquence de leur bilan sous l’ère Schröder, alors que la crise économique mondiale devrait démontrer aux plus sceptiques les méfaits du libéralisme de marché. Si les sociaux-démocrates se montrent moins tatillons, les Verts veulent attendre l’issue des élections fédérales en octobre pour se prononcer et savoir s’ils sont prêts à intégrer un gouvernement régional avec le SPD et Die Linke ou avec la droite. Ils n’ont qu’à embaucher Wendelin von Boch pour leur prodiguer quelques conseils.

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