POLITIQUE DES LANGUES: Fabrication d’identités

Les langues et l’identité sont souvent mises en relation. Mais il existe différentes manières de les gérer.

Comparer les cas du Luxembourg, du Pays basque et de la province du Bolzano (le « Tyrol du sud »); c’est ce qu’a fait Kristian Naglo, de l’Université de Siegen, invité à l’Université du Luxembourg pour une conférence sur la politique des langues et des aspects identitaires dans les sociétés multilingues en Europe occidentale. Pour Naglo, la langue peut être considérée comme un facteur d’identification, mais la politique linguistique diverge en fonction des aléas historiques ou des réalités géographiques des différents Etats-nations modernes. Naglo compare ainsi les trois modèles. Le Pays basque, où le nationalisme remonte au 19e siècle, se trouve certes à la périphérie tant de l’Espagne que de la France, mais il est un des centres économique de l’Espagne. Son nationalisme est passé d’une identification raciale à une identification linguistique, même si le basque n’est pas parlé par la majorité de ses habitants. Aussi, le Pays basque n’est pas épargné par de fortes tensions communautaires et à l’encontre d’un Etat espagnol que les nationalistes considèrent comme oppresseur.

Le « Tyrol du Sud » constitue un autre cas particulier. Cette province du nord-est de l’Italie compte une majorité de germanophones, à côté des italophones et des locuteurs du « ladino ». Les habitants de la province doivent s’inscrire, lors de recensements, dans l’une des trois catégories linguistiques. Cette forme de « comptabilité linguistique » répond à une politique des quotas pour le recrutement des emplois publics, afin d’assurer à chacune des communautés linguistiques une représentation correcte. Mais comme la véracité de l’affirmation n’est pas vérifiée, l’on imagine vite que le choix d’appartenance linguistique peut répondre à d’autres calculs plus matériels.

Finalement, ce serait le Luxembourg qui détiendrait une fonction « modèle » dans la gestion de sa politique linguistique. « C’est une `low conflict society‘, ce qui ne veut pas dire que tout va pour le mieux. » La « concurrence sociale » entre différents groupes y serait moins exacerbée que dans les deux autres régions. Mais c’est surtout le modèle linguistique luxembourgeois, qu’il définit comme « flexible », que Naglo trouve avantageux, dans le sens où il combine la langue « identitaire », le luxembourgeois, et les langues d’« efficacité » que sont le français et l’allemand.

Le Luxembourg, un modèle à suivre pour l’Union européenne ? C’est ce qu’estime Naglo qui plaide en faveur du développement du multilinguisme, entre autres aussi comme rempart contre l’instrumentalisation de l’identité en faveur de l’exclusion des autres.


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