NEIL MARSHALL: La légion perdue

« Centurion », du britannique Neil Marshall, est un péplum âpre et rugueux, qui sait échapper aux poncifs du genre mais pas toujours à l’ennui.

Et oui,
les Pictes ça pique… même les femmes d’ailleurs savaient s’y prendre.

En 117, toute la (Grande-) Bretagne est soumise à Rome. Toute la (Grande-) Bretagne ? Non ! Car au nord de l’île, les Pictes résistent à l’envahisseur. Non pas en l’affrontant de face, mais en le harcelant dans une longue et coûteuse guérilla. Quintus Dias, jeune officier romain, se morfond ainsi depuis près de deux ans dans un fort reculé, lorsqu’une nuit sa garnison est attaquée par surprise et massacrée. Prisonnier des Pictes, il parvient à s’échapper et se joint à la Neuvième Légion commandée par Titus Flavius Virilus. La présence dans la région de ce prestigieux centurion signifie que Rome a décidé d’en finir une fois pour toutes avec les barbares du nord. Pourtant, victimes d’une trahison, les 3.000 hommes du corps expéditionnaire se font tailler en pièces au cours d’une embuscade. Seul Dias et six compagnons réchappent au désastre. Naguère fiers soldats de l’Empire, désormais proies apeurées, ils se retrouvent traqués par d’impitoyables ennemis dont ils doivent traverser le pays s’ils veulent rentrer chez eux.

Dire que « Centurion » n’est pas « Gladiator », c’est enfoncer une porte ouverte. Certes, il y a d’évidentes ressemblances entre ces deux films, tant dans le scénario – le soldat sacrifié aux intrigues politiques – que dans la mise en scène des batailles en forêt contre des sauvages blonds hirsutes. Tous deux sont de plus-des-péplums, ce genre qui fait aisément de l’Antiquité une surface de projection pour des questionnements contemporains. Sorti peu avant l’élection de George W. Bush comme président des Etats-Unis, « Gladiator » évoquait le délitement d’une grande démocratie impériale au moment où un empereur débile (au sens étymologique du terme?) prenait la succession de son père. Quant à « Centurion », on peut y lire un parallèle avec les guerres d’Irak et d’Afghanistan : une armée professionnelle, lourdement armée, embourbée dans un conflit sans fin face à un adversaire inférieur sur le papier, insaisissable sur le terrain.

« Gladiator » est toutefois un spectacle à gros budget, qui culmine dans des scènes de combat épiques dans un Colisée reconstitué à grands coups d’effets spéciaux, alors que « Centurion » est une sorte de huis-clos? en plein air. Un peu à la manière de la « 317e Section », de Pierre Schoendoerffer, film avec lequel la comparaison est la plus pertinente. Neil Marshall fait des espaces sauvages de l’Ecosse, qu’il sait admirablement filmer, ce lieu implacable qui broie les individus. C’est là finalement son sujet : la vulnérabilité des corps. La chaire malmenée par le climat, tranchée par le fer, explosée à la hache ou déchirée par les loups. Il est dès lors troublant de retrouver Michael Fassbender, le fantastique interprète de Bobby Sands dans « Hunger », au milieu de cette autre fresque sur la souffrance, le combat et la fugacité de la vie. Les fans de la série « Sur écoute » retrouveront aussi avec plaisir Dominic West dans le rôle de Virilus.

Toutefois, Neil Marshall a essayé de ne pas trop en rajouter dans la celtitude mystico-kitsch. Non, il a opté pour une réalisation aussi brute et minérale que ses paysages calédoniens. Mais voilà, il en va du scénario comme de la chaire, il a ses faiblesses, s’étiole peu à peu, s’essouffle par moments dangereusement et est à peine revigoré par une romance qui fond brusquement sur le spectateur engourdi au bout des deux tiers du film. Alors oui, parfois, ce manque de rythme et de cap en milieu austère le rend aussi déprimant qu’une longue journée pluvieuse dans les Highlands, avec de la panse de brebis bouillie au déjeuner.

A l’Utopolis


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