EDUCATION: Machine arrière

Reprenant des critiques déjà formulées à l’encontre de la réforme scolaire, l’ADR veut en faire un tremplin pour ses revendications souvent paradoxales et parfois douteuses.

Mener une réforme scolaire dans un système qui se complaît tellement dans son immobilisme qu’il n’en a plus fait depuis 1912, est certes un exploit. Mady Delvaux-Steres, la ministre socialiste de l’éducation pouvait bien se douter qu’elle ne ferait pas que des satisfaits. Car la réforme de l’enseignement primaire – en vigueur depuis un an – nécessite bien des retouches. Comme l’a formulé le Syndikat Erzéiung a Wessenschaft (SEW) affilié à l’OGBL, la bureaucratisation du travail des enseignant-e-s et la réunionnite aigue qui frappe le milieu font que nombre de professionnel-le-s vivent la réforme comme un enfer. En gros, elle serait beaucoup trop théorique et en bien des points presque inappliquable sur le terrain.

Et leurs plaintes sont une bonne occasion pour l’ADR de rebondir sur la grogne des enseignant-e-s. « L’acquisition du savoir est remis à l’arrière-plan », martelait leur député Fernand Kartheiser, désormais en charge du dossier et membre de la commission parlementaire de l’éducation, lors de la conférence de presse de mardi dernier. Non seulement que l’apprentissage par socles de compétences serait impropre à renforcer la « dimension morale et intellectuelle » de l’enseignement, mais le fait que les enfants ne seraient que testés sur leurs compétences – en opposition au savoir acquis – ferait aussi le jeu du patronat. Car cette façon d’enseigner serait en fin de compte « utilitariste ». Ce qui n’a pas empêché Kartheiser de se contredire un peu plus tard en louant l’enseignement à l’ancienne, qui comportait encore un système d’évaluation avec des points. Selon lui, le nouveau système ne préparerait plus à la vie active et les générations suivantes, si elles continueraient à être cajolées selon leurs compétences, éprouveraient beaucoup plus de difficultés à intégrer efficacement le marché du travail. Mais on n’est pas à un détail près, surtout avec l’ADR.

Ce qui a frappé surtout au cours de ladite conférence de presse était l’essai de Fernand Kartheiser de bien se positionner sur sa ligne national-conservatrice. Ainsi, il n’a pas manqué de fustiger les nouveaux manuels scolaires, parce qu’ils ne contiendraient plus « le rythme des saisons, ainsi que toutes les traditions et rites qui devraient aider l’enfant à s’intégrer ». Mais c’est surtout le côté populiste de ses idées qui a de quoi inquiéter : faisant le lien entre politique d’éducation et politique familiale, il en a profité au passage pour diaboliser la double nationalité qui fait selon lui que l’époque « où chaque Luxembourgeois parlait luxembourgeois » appartiendrait au passé et de regretter l’existence des classes d’accueil – qui pourtant n’étaient souvent que des parkings pour cas désespérés.

Finalement, l’ADR voudrait bien revenir sur la réforme et en détruire la majeure partie – ce qui ne sied tout de même pas trop à un parti qui se veut réformiste. En alternative, il ressort quelques revendications de ses tiroirs, comme celle – déjà établie par les Verts – de nommer un directeur par école primaire, ce qui donnerait plus d’autonomie aux établissements. Ou encore d’introduire un règlement disciplinaire dans la loi, une chose qui ferait cruellement défaut.

En somme, l’ADR rejoue parfaitement son rôle de girouette politique, qui ne frappe pas là où ça fait mal, mais se tourne en fonction des cris de plainte des un-e-s et des autres. Quitte à tourner en rond.


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