ASILE POLITIQUE: Faut-il qu’ils soient morts ?

von | 08.10.2010

Le woxx a rencontré un opposant politique congolais que le Luxembourg menace de renvoyer chez lui. Au mépris de la situation politique ambiante et des risques qu’il encourt.

Quatre ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) ne se sont pas vus accordés l’asile politique par le Tribunal administratif, ce dont le woxx a rendu compte la semaine passée, suite à une question parlementaire du député André Hoffmann (déi Lénk). Le ministère de la famille a suivi en leur interdisant l’accès au foyer d’hébergement. Désormais, ils vivent dans la crainte d’être renvoyés en RDC. Le fait est d’autant plus grave qu’ils sont pourchassés politiquement. La question parlementaire faisait par ailleurs mention « d’un défenseur des droits de l’Homme reconnu ». Nous avons voulu en savoir plus et avons rencontré la personne en question.

Il s’agit de Victor Engbonda Angata. Il est arrivé au Luxembourg en août 2005, date à laquelle il a introduit une demande d’asile politique. Et pour cause : Angata travaillait alors en tant que rédacteur à Kinshasa au département des oeuvres sociales militaires du ministère de la défense. Dans le cadre de cette activité, il fut amené à rédiger un rapport intitulé « Insécurité généralisée et les actes de barbarie en RDC ». Quelques jours plus tard, le directeur du département l’informe que la présidence a lu ce rapport et qu’elle est intervenue auprès de lui pour se plaindre et agiter des menaces à l’encontre d’Angata. Le directeur comprend immédiatement le sort que risque d’encourir son fonctionnaire et il lui enjoint alors de quitter la RDC le plus vite possible. C’est donc un mois plus tard (le rapport date du mois de juillet) qu’Angata, qui connaît les méthodes des services secrets kabilistes, atterrit au Luxembourg.

On peut dire qu’Angata a eu chaud. En effet, au mois de juin, un activiste des droits de l’Homme, Floribert Chebeya a été assassiné par la police tandis que le corps de son chauffeur Fidèle Bazana Edadi, n’a toujours pas été retrouvé. Amnesty international a condamné cet acte et le parlement européen a voté, quelques jours plus tard, une résolution qui demande aux Etats membres que les militants des droits de l’Homme, journalistes, opposants politiques, victimes et témoins soient protégés par eux. Il ne faut pas être un spécialiste de cette région d’Afrique pour être conscient des énormes problèmes que ce richissime pays traverse. Et beaucoup d’autres cas de torture et de morts suspectes sont régulièrement relevées par les organisations des droits de l’Homme.

Un fait particulier aggrave la situation d’Angata : ses parents sont originaires de la province de l’Equateur. Or, dans le système tribal tel qu’il fonctionnait et qu’il fonctionne encore, les ressortissant-e-s de cette province sont vu-e-s d’un mauvais oeil par le régime du président Joseph Kabila. En effet, non seulement l’Equateur était la province d’origine de l’ancien dictateur Mobutu Sese Seko, renversé par le père de l’actuel président, Laurent-Désiré Kabila. De plus, le principal opposant actuel, l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, actuellement en procès devant le Tribunal pénal international de La Haye, qui a dû quitter la RDC après que les forces gouvernementales eurent assailli sa résidence dans l’entre-deux-tours de la dernière élection présidentielle, est lui aussi originaire de cette province.

Pour couronner le tout, Angata a milité au sein de l’Association congolaise des droits de l’enfant et des femmes (ACDEF) et a également assuré le secrétariat général durant une année, en 1999, de la plate-forme Défense de l’enfant international (DEI). « Vous savez, en RDC, ce n’est pas comme en Europe, quand vous défendez les droits de l’Homme, on considère cela comme une activité politique », explique Angata. Un avocat vient d’introduire auprès du ministère de l’immigration une demande de séjour pour motifs humanitaires, arguant qu’un refus « apparaîtrait comme constitutif d’une entrave à l’interdiction de la torture » en se référant à l’article trois de la Convention européenne des droits de l’Homme. Reste à espérer que les services de l’immigration prennent en considération la situation politique périlleuse dans laquelle se trouvent les opposant-e-s politiques congolais.

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