PETER WEIR: Goodbye Staline

« The Way Back » raconte comment une poignée de prisonniers, échappés d’un camp du Goulag, traversa à pied les milliers de kilomètres séparant la Sibérie des Indes. Si la véracité des faits sur lesquels il se base peut faire débat, le dernier film du réalisateur australien Peter Weir n’en est pas moins une formidable épopée, digne des grands récits d’explorateurs.

La liberté vaut bien une traversée du désert.

En 1940, un groupe d’hommes s’échappe d’un camp du Goulag à la faveur d’une tempête de neige. Le petit groupe est composé de deux officiers polonais capturés par les soviétiques au moment où leur pays était dépecé par l’Allemagne nazie et l’URSS, d’un prêtre letton, d’un criminel de droit commun russe, d’un ingénieur américain accusé d’espionnage ainsi que d’un comptable yougoslave qui avait commis l’erreur de prendre en photo le Kremlin. Ces hommes aux destins divers, que le système concentrationnaire stalinien avait réduit à un individualisme bestial, vont devoir se serrer les coudes pour échapper à des poursuivants sans merci au milieu des régions les plus inhospitalières du globe. Vêtus de loques, avec un couteau pour seul outil, mais dotés d’un farouche instinct de survie et d’une soif inaltérable de liberté, ils traverseront des milliers de kilomètres à travers la toundra sibérienne, le désert de Gobi et les montagnes du Tibet. Seuls trois d’entre eux parviendront finalement à rejoindre les Indes britanniques.

« The Way Back » est l’adaptation du livre éponyme de Slawomir Rawicz qui, depuis sa parution en 1956, a été traduit en 25 langues et s’est vendu à près d’un demi-million d’exemplaires. Rawicz y raconte l’épopée qu’il prétendait avoir réellement vécue et le film insiste de même sur la véracité des faits. Pourtant depuis près d’un demi- siècle nombre de commentateurs ont souligné les incongruités du récit ; le fait que Rawicz et ses compagnons aient pu croiser le yéti dans l’Himalaya a notamment fait bondir les sceptiques. De plus, en 2006, une enquête de la BBC mettait en évidence certains faits nouveaux. Des documents tirés des archives soviétiques montrent que le lieutenant de l’armée polonaise Slawomir Rawicz fut bien interné dans un camps de Sibérie, mais qu’il ne s’en évada pas. Il fut libéré en 1942 lorsque Staline amnistia les Polonais afin qu’ils combattent auprès des Alliés et c’est en URSS que Rawicz se réengagea dans l’armée.

Il semblerait donc que la mention « basé sur des faits réels » qui, sur l’affiche, souligne le titre de manière bien visible ne soit rien de plus qu’un argument commercial. Mais cela importe finalement peu, car Weir lui-même se désintéresse rapidement des aspects les plus factuels d’un scénario qui doit bien plus à Marco Polo ou à Ernest Shackleton qu’à Hannah Arendt. Le contexte historique et politique n’apparaît que de manière schématique et se réduit à peu près à cette constatation : communisme = nazisme. Weir n’essaie pas non plus de reconstituer l’univers des camps du Goulag de manière didactique. Il semble même plus pressé que ses personnages de s’en échapper pour traiter le véritable sujet de son film, celui de la capacité de l’Homme à repousser ses limites physiques et psychologiques. Coupés de la société humaine, les fugitifs font face à des situations où la morale s’efface devant la nécessité de survivre et ou chaque décision devient une question de vie ou de mort. Comme des funambules ils avancent pas à pas, privés du filet protecteur de la civilisation, à travers des paysages impérieux de steppes, de déserts et de haute montagne filmés avec une grande sensibilité formelle.

A l’Utopolis.


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