AVANT-GARDE: Plus près de toi mon seigneur?

Une fois de plus, des légendes de l’avant-garde vont frôler nos latitudes : « The Young Gods », les pionniers suisses, vont débarquer au 112 de Terville.

Les seigneurs des sampleurs :
The Young Gods.

Pour un projet ambitieux, il faut un nom qui colle et « The Young Gods » semble parfait pour le groupe lancé vers le milieu des années 80 à Genève par trois amoureux de la musique qui se sentaient un peu seuls dans le désert musical que fut l’Europe à ce moment de l’histoire. En empruntant leur nom à une chanson du groupe no-wave – aussi légendaire qu’eux – « The Swans », ils donnent d’emblée la direction du projet : vers de nouvelles rives musicales.

La formation initiale comprenait Franz Treichler aux voix et guitares, Cesare Pizzi sur les samples et Frank Bagnoud derrière les fûts – un trio qui en 2011 devient un quatuor avec Franz Treichler comme seul survivant de la carrière mouvementée des jeunes dieux. Vers 1986 donc « The Young Gods » se lancèrent sans crier gare dans une multitude de concerts débordant d’anarchie et de joie de vivre au point que de nombreux critiques comparaient leur énergie à celle des dadaïstes qui avaient eux aussi trouvé leur essor initial pendant et après la Première Guerre mondiale dans les contrées suisses. L’élément le plus nouveau et avant-gardiste de leur musique est le sampleur et surtout l’usage anti-orthodoxe qu’ils en font. La technologie du sample – qui consiste en une machine qui reproduit des bouts de musique préenregistrés ou préprogrammés – était conçue pour donner du répit en live à des musiciens usés par le temps et les tournées incessantes. « The Young Gods » en faisaient un instrument à part et exploraient toutes les possibilités créatives que leur réservait cette nouvelle musique. Leur travail révolutionnait la façon d’entendre – et surtout de produire – de la musique à un tel point qu’en 1987 le magazine britannique « Melody Maker » intronisait leur premier disque éponyme « Album of the Year ». Leur stratégie était simple : réutiliser des bouts de musique de tous genres (du classique à Mötorhead en passant par Gary Glitter) pour en faire des morceaux à leur sauce. En 1991, ils allaient même jusqu’à retravailler les chansons de Kurt Weill dans un album intitulé tout simplement « Play Kurt Weill », proposant une redécouverte du cabaret et de ses mots de révolte et de cynisme.

Logiquement, le succès commercial ne se fit plus attendre. « TV Sky », leur album de 1992 était l’apogée d’un acharnement boulimique au travail pendant sept ans, et allait traverser l’Atlantique pour heurter de plein fouet une scène de musique « industrial » qui y faisait ses premiers pas. Ainsi, les travaux des trois Suisses allaient inspirer des groupes comme « Nine Inch Nails » ou « White Zombie », dont la notoriété n’a plus besoin d’être chantée ici. Mais attention : quoiqu’on leur prête des similitudes stylistiques, « The Young Gods » n’ont jamais appartenu à un mouvement « gothique » ou « industrial ». Cela aurait contredit leur indépendance dont ils sont restés jaloux jusqu’à nos jours.

Pourtant, une telle carrière ne pouvait pas connaître que des hauts. Les bas s’annonçaient dès 1994 avec leur album « Only Heaven », produit à New York. Alors qu’ils auraient aisément pu continuer leur assaut du marché américain et empocher des millions, les dieux européens se mettent à produire de la musique qu’on appellera plus tard « ambient » – qui percera encore bien davantage sur l’album suivant, « Heaven Deconstruction » – et qui ne va s’établir que beaucoup plus tard.

Dans les années subséquentes et jusqu’à nos jours « The Young Gods » vont poursuivre leur recherche incessante de sons nouveaux et de projets incongrus, comme par exemple « Amazonia Ambient Project » avec l’anthropologue Jeremy Narby, une sorte d’hybride entre conférence et concert qui leur assurait des salles pleines en 2007. En 2010, les dieux reviennent avec « Everybody Knows », un album régulier qui s’annonce déjà un classique. Donc, si vous ne voulez pas vous ennuyer à un concert lambda grand-ducal en cette fin de semaine, prenez le chemin vers la Lorraine : ça vaut vraiment le coup !

Ce vendredi, 25 mars au 112 de Terville.


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