NEIE LYCÉE: Une école (presque) comme les autres

Cinq ans déjà que le Neie Lycée a ouvert ses portes. L’occasion de présenter le bilan de cette école d’un genre nouveau, qui, malgré quelques faiblesses, s’en sort plutôt bien.

« Vous devez à tout prix essayer le jus d’orange. C’est le meilleur que j’ai pu boire dans une école ! ». La ministre de l’éducation nationale, Mady Delvaux-Stehres (LSAP) était presque d’humeur badine en cette matinée de mercredi. Il est vrai que la titulaire d’un des ministères les plus difficiles à gérer n’a pas toujours l’occasion d’annoncer de bonnes nouvelles. Car après les turbulences que parcourt son « bébé » de l’enseignement fondamental – le projet-pilote Eis Schoul – l’aîné, le Neie Lycée, sorti des fonds baptismaux il y a cinq ans, semble plutôt bien grandir. Pourtant, l’accouchement n’était pas de tout repos non plus, entre railleries du camp réactionnaire qualifiant le projet de « Zirkusschoul » et doutes plus modérés concernant la méthodologie pédagogique côté syndical (voir woxx 815). Convoquée pour la présentation exhaustive du premier bilan quinquennal du lycée, la presse buvait-elle donc le meilleur des jus dans la meilleure des écoles ?

Commençons par la fin : en conclusion des différents rapports d’éva-luation, le directeur Jeannot Medinger n’a évidemment pas pu se retenir de souligner que selon les experts étrangers, « une école d’une telle qualité, dans le domaine public, est unique en son genre ». Mais revenons sur terre : si l’expérience dément les Cassandre qui voyaient dans ce projet les germes de la décadence définitive de la civilisation occidentale. En fait, les performances des élèves sont tout à fait… normales. Ni fabrique de génies autogérés, ni foutoir incohérent, le Neie Lycée présente un bilan globalement positif, sans pour autant donner satisfaction sur tous les plans. C’est une équipe de l’unité de recherche Emacs de l’Université de Luxembourg qui s’est attelée à l’évaluation. En chiffres « nets », c’est-à-dire en faisant abstraction des facteurs sur lesquels l’école n’a pas de prise, comme l’origine socio-économique des élèves ou bien leur « background » migratoire, il ressort que les résultats se situent dans la moyenne nationale. Et s’ils se situent, en mathématiques, légèrement en dessous de la tendance nationale, ils le compensent en se situant légèrement au-dessus concernant les langues.

Pour les bons points, l’on ne s’étonnera guère que les élèves se montrent satisfaits du climat général et qu’ils soient moins sujets à l’anxiété scolaire. Selon le questionnaire, plus de 90 pour cent des élèves affirment « avoir du plaisir à mettre en oeuvre leurs connaissances et compétences dans le travail demandé ». Le tout est couronné « d’un plus grand intérêt scolaire et d’une meilleure estime de soi », ce qui, à l’âge pubère, n’est certainement pas un détail négligeable. La puberté justement : derrière cette satisfaction se cache une donnée pour le moins paradoxale. L’étude révèle que les élèves du Neie Lycée se disent moins satisfaits que d’autres de leur établissement scolaire. Ce qui distingue en effet le Neie Lycée des autres écoles, c’est le régime à temps plein. Impression probablement légitime d’étouffement due à un encadrement omniprésent à un âge où le besoin de liberté se développe puissamment.

Finalement, l’ancien haut fonctionnaire du ministère désormais en retraite, Siggy Koenig, a présenté un autre volet novateur du lycée, à savoir le fameux « enseignement aux valeurs », sujet qui a également fait débat au sein de la rédaction du woxx (voir numéro 921). Koenig a eu du mal à cacher son enthousiasme, et toutes les personnes interrogées (enseignants, élèves, parents et membres du groupe d’accompagnement) en auraient également une appréciation très positive. Petit bémol tout de même : selon Siggy Koenig, ce modèle ne serait pas transposable tel quel dans d’autres lycées, car il s’intègre dans le concept spécifique propre du Neie Lycée.

Reste tout de même une différence de taille : la spécificité du Neie Lycée ne repose pas uniquement sur son modèle pédagogique, mais aussi sur son homogénéité socio-culturelle, c’est-à-dire la surreprésentation des élèves issus des classes moyennes luxembourgeoises. Sur ce point, le Neie Lycée n’est pas vraiment une école comme toutes les autres.


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