IMMIGRATION: En attendant Schmit

von | 16.09.2011

Alors que la grève de la faim entamée par des réfugiés irakiens dure depuis bientôt trois semaines, le ministère commence à céder partiellement à leurs revendications.

Jeudi vers midi, ils étaient encore quatre à tenir le coup sous les bâches fortifiées de leur habitation de fortune place Clairefontaine. Même si la statue de la grande-duchesse Charlotte leur tourne le dos, les réfugiés irakiens, qui campent devant les ministères des affaires étrangères et de l’immigration depuis le premier septembre, sont au centre de l’attention médiatique et constituent certainement un des événements marquants et inattendus de cette rentrée politique. Dès le début de leur action, ils ont dû combattre plusieurs maux à la fois : l’incompréhension, l’ignorance voire carrément l’hostilité d’un public luxembourgeois pas du tout habitué à de telles manifestations, l’arrogance du ministre de l’immigration Nicolas Schmit qui les a désignés comme des maîtres chanteurs et, bien sûr, la faim ainsi que – bientôt du moins – le froid et le mauvais temps.

Pourtant, leurs revendications sont simples : ils veulent une décision, rien de plus, rien de moins. « Et si la décision est négative, nous irons voir ailleurs », dit l’un d’eux, tirant sur sa clope sur les marches du monument grand-ducal. « Nous, les Irakiens au Luxembourg, nous n’avons pas de vie », complète un autre réfugié sympathisant venu encourager ses compatriotes. Donc, ce qu’une certaine presse a étalé est totalement faux : non, les Irakiens ne font pas chanter le ministre Schmit pour obtenir l’asile, et non, ils ne veulent pas être assistés. Au contraire même, comme leur leader Mikael Wilson l’a toujours revendiqué, ils en ont marre d’être des assistés et préféreraient travailler honnêtement pour gagner leur vie à cette (non)-existence absurde. De toute façon, si entamer une grève de la faim est du chantage, Ghandi, ainsi que tous les autres militants qui ont usé de cette variante de la résistance passive et pacifiste, seraient fichés au grand banditisme. Déjà le fait que cette accusation provient de la bouche du ministre responsable, démontre le peu d’expérience et le manque d’attention qu’il prête aux gens qui ont à faire à ses bureaucrates. Et puis, s’il est vrai qu’il se trouve vraiment dans un dilemme entre céder aux Irakiens, ce qui ouvrirait beaucoup de possibilités aux réfugiés d’autres nationalités qui sont dans la même situation, certains depuis beaucoup plus longtemps même, et les laisser crever de faim devant les portes de son ministère, il ferait mieux de chercher la faute dans son propre ministère qui, comme il l’a lui même admis, traîne beaucoup trop des pieds et manque chroniquement de personnel, au lieu de chercher à incriminer des gens qui ne revendiquent que leur droit.

Mais, il y a de l’espoir dans l’air. D’un côté, Christophe Schiltz, le porte-parole du ministre Schmit, nous a assuré qu‘ « au cours du dernier conseil gouvernemental, il a été décidé d’embaucher le plus rapidement possible du personnel supplémentaire pour les bureaux de l’immigration ». De l’autre, un gréviste nous a soufflé qu’apparemment un membre du gouvernement, qui passait devant le campement, leur aurait assuré qu’une solution serait trouvée dans les prochains jours. Une information que Schiltz n’a pas souhaité commenter, d’ailleurs. Par contre, en ce qui concerne une possible intervention de l’Ombudsman, Marc Fischbach (voir woxx 1127), il n’y a aucune nouvelle.

Heureusement que la solidarité avec les grévistes s’organise aussi, même si certaines organisations comme l’Asti jouent un double-jeu entre solidarité d’une part et condamnation de la méthode de l’autre, le Clae ainsi que déi Lénk affichent leur soutien sans conditions. Entre autres par un premier piquet de solidarité qui s’est tenue lundi dernier devant le ministère et qui se tiendra à nouveau lundi prochain. D’ailleurs, une pétition en ligne circule sur le net (http://www.petitions24.net/signatures/solidarite_avec_les_refugies_au_luxembourg/). Quoiqu’il en soit, le ministère saura à l’avenir que parmi les gens qu’il essaie de dissimuler dans ses tiroirs, il y en a qui ne se laissent pas faire.

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