IMMIGRATION: La solution « au problème rom » ?

von | 02.02.2012

En leur imposant des conditions de vie indignes, le ministre Schmit essaie d’endiguer le flot de demandeurs d’asile. Une méthode douteuse et contraire au droit à la protection internationale.

On l’aurait presque pris en pitié, le ministre du travail et de l’immigration Nicolas Schmit. Mais seulement presque. Alors qu’il chantait ce mardi pour la énième fois sa rengaine sur la vague de demandeurs de protection internationale qui en 2011 a submergé le Luxembourg – et donc le bureau des demandeurs d’asile, il donnait en même temps les réponses à ce qui, dans ses yeux, était le grand problème de notre pays : son attractivité pour les gueux de toutes sortes. Ainsi, l’année dernière, sur 2.164 demandes, 1.389 décisions ont été prises par ses services, 41 personnes bénéficient désormais du statut de réfugiés, six ont obtenu la protection subsidiaire et 15 le statut de tolérance – le reste a été refusé et donc sommé de quitter le territoire.

Rien donc que notre pays ne saurait gérer. A la question comment son ministère avait anticipé ce flot, pourtant prévisible à cause de la fin d’obligation de visa pour les habitants de la Serbie et de la Macédoine, le ministre explose : « J’en ai marre qu’on me pose cette question. Si nous avions su que l’abolition des visas aurait de telles conséquences, aucun pays européen n’aurait signé ces papiers. Nous n’avons plus connu une telle vague de demandes depuis les années 1990 avec les conflits aux Balkans. Et une fois de plus le gros des demandes et des refus proviennent de cette région. » Et de se plaindre que « ces gens savaient parfaitement que leur chance de pouvoir rester ici était nulle, et nous allons travailler à en décourager encore plus de faire le voyage jusqu’ici ». Donc, sa stratégie est de décourager les habitants serbes et macédoniens de venir ici, et surtout une certaine minorité qui, si son nom reste toujours caché entre les lignes des communiqués officiels, n’en est pas moins la principale visée : « Le problème rom ne sera pas résolu ici », comme l’a formulé Schmit.

Stratégie de dissuasion

Au-delà du fait qu’associer une ethnie à un problème qu’il convient de résoudre rappelle un des chapitres les plus noirs du siècle passé, ses « mesures prises afin d’endiguer l’afflux de demandeurs serbes » (dixit le document officiel), comprennent, en plus des entrevues avec des représentants officiels, un projet de règlement grand-ducal sur l’octroi des aides sociales aux demandeurs de protection internationale.

Et c’est ce projet qui était dans le viseur du Collectif réfugiés (LFR) mercredi lors d’une conférence de presse. « Ce projet ne respecte pas la directive européenne sur l’accueil des réfugiés, car il est contraire à son esprit. Le gouvernement veut clairement dissuader les gens de venir ici », s’insurge Armelle Ono de l’action chrétienne pour l’abolition de la torture (Acat). De plus, l’argument invoqué que le Luxembourg ne ferait qu’aligner ses aides sociales à celles pratiquées par ses voisins européens serait un leurre, selon les membres du LFR, qui ont trouvé maints cas dans lesquels des demandeurs d’asile sont mieux traités ailleurs qu’au grand-duché. Ainsi, outre que les demandeurs logés dans un réfuge n’auront droit qu’à 25 euros mensuels – certes ils peuvent travailler pour deux euros l’heure, huit euros en-dessous du salaire minimum – l’Olai vient de supprimer l’aide aux vêtements, certaines prestations médicales, l’aide scolaire et la gratuité des transports publics. Le LFR constate donc à juste titre que ce texte bâclévise uniquement la communauté rom et pénalise en même temps tous les autres demandeurs.

En somme, le gouvernement essaie tellement et par tous les moyens de trouver une « solution au problème rom » qu’il ne voit pas qu’il est en train de jeter par-dessus bord tous les principes humanistes de la protection internationale. C’est ce qu’on appelle de la navigation à vue. Espérons que notre politique d’asile ne sera pas le prochain Costa Concordia, coulée par les rochers de l’ignorance.

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