UNIVERSITE: Luxembourg zero points

von | 06.01.2006

L’UniversitĂ© du Luxembourg a Ă©tĂ© offerte aux friches de Belval. Alors que les Ă©lus de la capitale et du Sud se passionnent pour la question de son emplacement, les acteurs du monde universitaire espèrent simplement que le site, quel qu’il soit, corresponde Ă  leurs attentes.

Cette fois-ci, Hurricane Mitch n’a pas balayĂ© l’AmĂ©rique centrale. On le croyait disparu, mais il a de nouveau fait des siennes. Il aura attendu le 23 dĂ©cembre 2005, un jour avant la veille de NoĂ«l, pour s’abattre en plein dans la capitale, au „Knuedler“ pour ĂŞtre prĂ©cis. François Biltgen, celui que le premier ministre a un jour comparĂ© Ă  une des principales catastrophes naturelles de la dernière dĂ©cennie, a sĂ©rieusement sonnĂ© les locataires de l’HĂ´tel de Ville de Luxembourg. Depuis l’annonce du ministre de l’enseignement supĂ©rieur d’implanter le futur site de l’UniversitĂ© du Luxembourg sur les friches de Belval-Ouest, les mandataires politiques de la capitale sombrent dans la dĂ©pression.

MalgrĂ© l’accord de coalition qui prĂ©voyait de rĂ©partir l’universitĂ© sur deux sites – Luxembourg et Belval-Ouest – le gouvernement a dĂ©cidĂ© de faire de la mĂ©tropole du fer la première vĂ©ritable citĂ© universitaire du pays. Les responsables politiques de la capitale n’en reviennent toujours pas. On savait le bourgmestre Paul Helminger particulièrement amer, son Ă©chevin Xavier Bettel est quant Ă  lui franchement en colère: „Le plus choquant dans cette histoire, c’est le manque absolu de communication. Depuis que je suis en fonction, je suis en train d’organiser 300 logements pour Ă©tudiants et maintenant, on nous annonce du jour au lendemain que l’universitĂ© va dĂ©mĂ©nager. C’est une saloperie!“

La colère des Ă©diles de Luxembourg est comprĂ©hensible. L’accord gouvernemental passĂ© entre le CSV et le LSAP est d’une limpiditĂ© cristalline au sujet des sites: „A cĂ´tĂ© du site de la CitĂ© des Sciences Ă  Belval-Ouest, le Gouvernement s’efforcera, dans un souci d’optimisation des ressources, de rassembler Ă  moyen terme sur un site unique, situĂ© sur le territoire de la Ville de Luxembourg, la FacultĂ© de Droit, d’Economie et de Finance ainsi que la FacultĂ© des Lettres, des Sciences humaines, des Arts et des Sciences de l’Ă©ducation.“

L’ire est telle, que le bourgmestre en a appelĂ© Ă  tous les acteurs de l’universitĂ© Ă  faire front ensemble pour sauver le site de Luxembourg. Reste Ă  savoir si ceux-ci y sont vraiment intĂ©ressĂ©s. Il semble en effet que l’unicitĂ© du site prĂ©vale de loin sur son emplacement gĂ©ographique. Unisono, les organisations estudiantines UNEL et ACEL ainsi que la Luxembourg University Students Organisation (LUS) – l’organisation des Ă©tudiant-e-s de l’UdL – ont saluĂ© le principe d’un site unique. S’il est vrai que le choix de Belval-Ouest ne provoque pas l’euphorie dans leurs rangs, ces dernières semblent se rĂ©signer Ă  ce que, après tout, la question a Ă©tĂ© tranchĂ©e. MĂŞme son de cloche de la part de l’Association des Enseignants et Chercheurs du SupĂ©rieur (AECS) qui se dit satisfaite de la dĂ©cision tout en prĂ©cisant qu’elle avait toutefois privilĂ©giĂ© le quartier du Kirchberg.

Mieux que rien

Quant aux organisations politiques de jeunesse, elles ne mâchent pas leurs mots. Ainsi, les sections de Luxembourg-ville des jeunes du CSV, du DP et du LSAP regrettent clairement le choix du gouvernement et relaient la position de leurs aĂ® nĂ©s. DĂ©pourvus de section locale, les jeunes Verts ne se soucient pas trop de l’implantation locale. „Nous ne voulons pas faire dans le patriotisme local. La question n’est pas de savoir oĂą l’universitĂ© sera implantĂ©e „, estime Nuria Garcia, porte-parole des Jonk GrĂ©ng. „Il faut lancer des discussions de fond, notamment de savoir si l’UdL doit devenir, comme le veut le recteur, une universitĂ© Ă©litaire ou pas.“

S’il est vrai que de tels dĂ©bats gĂ©ographiques peuvent sembler absurdes dans un pays aux distances limitĂ©es, la question du site n’est pas tout Ă  fait sans importance. La vie sociale et culturelle qui entoure la vie universitaire est une plus-value non nĂ©gligeable. Dans ce sens, il convient en effet de savoir Ă  quoi les Ă©tudiant-e-s, qui passeront leurs journĂ©es sur d’anciennes friches industrielles dont personne ne sait de quoi elles auront l’air, devront s’attendre. La capitale peut par contre Ă©viter de mauvaises surprises.

Concernant l’argument des problèmes de transport et de l’inadaptation Ă  l’IVL qui aurait jouĂ© en la dĂ©faveur de Luxembourg, les porte-paroles des principales fractions au Knuedler sortent une nouvelle arme: Hollerich et Gasperich. Qu’ils se nomment Marc Angel pour le LSAP, Laurent Mosar pour le CSV ou François Bausch pour les Verts, tous s’accordent pour trouver tous les avantages Ă  ces quartiers. „Non seulement en seraient-ils revalorisĂ©s, mais ils ont l’avantage d’ĂŞtre proches des transports ferroviaires“, estime Marc Angel.

En tout cas, la dĂ©termination des „Stater“ ne semble pas ĂŞtre Ă  bout de souffle et le concours aux plus beaux arguments – mĂŞme les plus hasardeux – est ouvert. Ainsi, la question de l’emploi est-elle systĂ©matiquement mise en Ă©vidence du nord au sud de l’Alzette. Tandis que les Ă©lu-e-s du Sud sont persuadĂ©-e-s que l’universitĂ© apportera de nouveaux emplois Ă  leur rĂ©gion, celles et ceux de la capitale dĂ©fendent bec et ongle la proximitĂ© avec la place financière, surtout pour ce qui est de la facultĂ© de droit, d’Ă©conomie et des finances. Une analyse qui laisse l’Association des Banques et Banquiers Luxembourgeois (ABBL) assez perplexe: „La question du site est secondaire. Le pays est si petit que cela ne joue aucun rĂ´le dĂ©cisif“, explique son directeur Jean-Jacques Rommes.

Uni-Hollerich?

Il semble en tout cas que la question du site passionne beaucoup plus les mandataires politiques actuels et futurs que les vĂ©ritables concernĂ©s. Et tous les arguments sont bons pour dĂ©fendre „sa“ rĂ©gion et „son“ site. Sous peine de ne plus voir les vĂ©ritables enjeux que constitue une universitĂ©. Lors de sa confĂ©rence de presse du 30 dĂ©cembre 2005, l’UNEL ne s’est en effet pas trop Ă©tendue sur la question, privilĂ©giant la question des frais d’inscription et relevant que l’UdL se laisse conseiller par le „Centrum fĂĽr Hochschulentwicklung“ de la fondation Bertelsmann, organisme honni par les milieux Ă©tudiants en Allemagne pour sa guerre engagĂ©e contre la gratuitĂ© de l’enseignement supĂ©rieur.

Si les discussions autour de sites passionnent tant, il est en effet dommage qu’ils occultent les questions fondamentales. S’agissant de l’UdL, il est Ă  l’heure actuelle plus important de savoir ce que l’on va bâtir avant de savoir oĂą. Au lieu de jubiler, les hommes et femmes politiques du Sud, surtout de gauche, feraient mieux de se poser la question, si, au final, ils auront une vĂ©ritable universitĂ© sur leurs friches. Car il ne faut pas oublier le contexte politique dans lequel la loi avait Ă©tĂ© votĂ©e. Tout porte Ă  croire que l’UdL ne correspondra pas aux attentes des tenants d’une universitĂ© dĂ©mocratique, publique et ouverte. La volontĂ© affichĂ©e du gouvernement et de la direction universitaire de crĂ©er une universitĂ© Ă©litaire n’est pas de bon augure. Prise entre les contre-rĂ©formes libĂ©rales et les joutes locales, l’UdL est sur une bien mauvaise orbite.

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