Eclatement ou fédération ?

Face à la crise de l’euro, le choix n’est pas seulement entre la politique des petits pas, soutenue par la social-démocratie, et la sortie du carcan de l’euro et du projet euro-libéral, réclamée par une frange radicale de la gauche. Le livre de Michel Aglietta, publié en début d’année, esquisse une autre option : celle d’un fédéralism européen au service de politiques de gauche.
L’auteur est un des fondateurs de la théorie de la régulation, une école d’économie alternative qui rejette notamment le dogme libéral d’une économie autonome par rapport à la réalité sociale et politique. Ses travaux sur l’économie monétaire internationale l’ont amené à critiquer la théorie et la pratique de la mondialisation financière libérale, sans pour autant rejeter clairement, comme une partie des régulationnistes, le capitalisme financier.
A la lecture du livre de Michel Aglietta, on sera surpris par les nombreux points d’accord avec Jacques Nikonoff. Ainsi, Aglietta relève que l’introduction de l’euro a renforcé les déséquilibres au sein de l’Europe et qu’il est absurde que la Banque centrale européenne ne recherche que la stabilité monétaire et soit indépendante de la politique. Concernant le traitement de la crise par l’Union européenne, il dénonce l’influence néfaste de l’Allemagne et estime que « la méthode des petits pas dans le carcan de l’immuabilité des principes » n’a mené nulle part.
Plus inattendu encore, Aglietta envisage l’hypothèse d’une sortie de la Grèce, et l’y incite quasiment : « … on peut considérer globalement qu’un tel pari serait dans son intérêt, du moins si toute alternative positive reste bouchée au sein de la zone euro. » L’austérité plutôt qu’un plan Marshall étant à l’ordre du jour à Bruxelles, Aglietta estime que cela pourrait même faire des émules.
Pourtant, Aglietta estime que la meilleure manière de sortir de la crise par le haut serait de la résoudre à l’échelle européenne. Dans un premier temps, il faudrait jeter par dessus bord les dogmes de la politique monétariste et les programmes d’austérité. A la place, une fédéralisation des institutions européennes devrait permettre de mener une politique monétaire au service de la croissance et une politique industrielle au service de l’équilibre entre les régions. Aglietta évoque une union budgétaire, actuellement en discussion, mais pour lui il s’agit de substituer ainsi une instance politique pragmatique aux règles et limites dogmatiques imposées par le pacte budgétaire. En passant, il conseille aussi « un minimum d’harmonisation fiscale, qui passera par la suppression des places offshore au sein même de la zone euro (Luxembourg et Irlande) ».
Le projet industriel européen brossé dans le livre tente également d’intégrer le défi écologique, avec la mise en place d’un Fonds vert pour permettre les investissements conséquents nécessaires à l’établissement d’une économie durable. Sur ce point, l’approche d’Aglietta est très top-down, tout comme il fait peu de cas du défi consistant à légitimer démocratiquement le fédéralisme européen qu’il propose.
A première vue, on peut aussi trouver qu’au-delà des énoncés théoriques anti-libéraux d’Aglietta, ses propositions concrètes de partenariats privé-public ou de trajectoires crédibles des finances publiques sonnent un peu « gauche molle ». Mais en les étudiant attentivement – le style d’écriture demande une certaine concentration – on voit bien que l’auteur est très attaché à l’orientation sociale et au primat de la politique.
En fin de compte, Aglietta et Nikonoff s’opposent sur le choix à faire mais pas sur la nature des alternatives – Nikonoff nous fait bien entrevoir une solution fédérale, mais la tient pour irréaliste. Le risque est que les politiques de centre-droite continuent à mener le bateau européen jusqu’au point de non-retour, où l’une des deux options aura disparue et le caractère nationaliste de l’autre dominera les aspects progressistes.

Zone euro, éclatement ou fédération, Michel Aglietta, Michalon Editions, 2012.

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