ENSEIGNEMENT: Problème fondamental

Les bilans intermédiaires de l’enseignement fondamental ont été passés au peigne fin scientifique. Quelques principes sont à revoir.

Certains pourraient l’interpréter comme un indice infirmant la possibilité d’élections anticipées : la ministre de l’Education nationale Mady Delvaux-Stehres (LSAP) veut entamer de vastes discussions avec tous les acteurs de l’enseignement fondamental à la rentrée scolaire au mois de septembre. D’un autre côté, s’il y a un membre du gouvernement qui n’a aucun intérêt à voir son mandat raccourci prématurément, c’est bien elle. Et voilà qu’un rapport commandé par son ministère et élaboré par l’Université du Luxembourg (UDL) remet en cause, en partie du moins, quelques grandes lignes. Dirigé par le professeur Daniel Tröhler, le rapport scientifique concernant les « bilans intermédiaires » dans l’enseignement fondamental a été rendu public ce mercredi, après avoir été présenté, le jour précédent, aux syndicats d’enseignants.

Grande thérapie scolaire

Le rapport nous renseigne surtout sur un point : qu’il aurait fallu accorder bien plus de temps aux réformes. Une approche que nous avons souvent défendue dans ces colonnes. Il y avait un certain enthousiasme lorsque Delvaux-Stehres a investi le ministère pour rompre avec les années Brasseur et sa vision paléontologique de l’école. Nul doute que la ministre avait conscience du caractère inégalitaire de l’école luxembourgeoise, taillée sur mesure pour les classes moyennes et supérieures indigènes. Tout comme la plupart des syndicats, le SEW en tête. Mais comme si souvent dans les histoires d’amour, l’incompréhension et l’agacement ont fait suite à l’intérêt réciproque, pour se terminer en divorce à l’italienne. Et voilà qu’intervient l’Université, tel un thérapeute de couple.

Le message est simple : il faut discuter, remédier à ce qui ne fonctionne pas et repartir sur certains acquis. L’UDL a donc commencé par entendre tout le monde : les fonctionnaires du ministère, les syndicats, les catéchètes, les parents d’élèves, les inspecteurs, les instituteurs-ressources, la commission des programmes, ainsi que, bien évidemment, les enseignants eux-mêmes. Etant donné que les rapporteurs ne pouvaient pas s’entretenir avec l’ensemble du corps enseignant, ils ont procédé à la sélection suivante : une demande d’interview a été envoyée: sur les 188 retours, les rapporteurs en ont tiré 24 au sort qui ont ensuite été répartis en trois groupes de travail.

Finalement, un certain consensus critique a pu être dégagé sur plusieurs points. On pouvait d’ailleurs s’y attendre : l’évaluation, les socles de compétences, la déconnexion entre compétences et connaissances ou encore la dévalorisation des matières secondaires par rapport aux matières principales. Les bilans intermédiaires (encore considérés à tort comme des bulletins scolaires) auraient par exemple le désavantage d’exclure que la progression d’un élève n’est pas forcément linéaire. En clair : au cours de sa carrière scolaire, un élève peut tout à fait stagner, voire même régresser dans tel ou tel domaine tout en progressant dans d’autres. Or, les bilans ne le laissent pas envisager. Voilà pourquoi l’Université propose de redéfinir l’approche par compétences, la rendre plus cohérente et établir un lien entre compétences et connaissances. Le rapport rappelle d’ailleurs une subtilité linguistique : en anglais, compétences se dit « skills », ce qui a une connotation légèrement différente.

Et puis ressurgit l’éternelle discussion à propos des notes : Tröhler propose l’introduction d’un système allant de A à D. Or, ce système n’est pas à proprement parler une notation classique, mais, comme le mentionne le rapport, une évaluation des progrès et pas une sanction des compétences (A exprimant « excellent » et D « à améliorer »). Mais Tröhler estime également qu’il faut se rendre à l’évidence: les notes font partie d’une norme sociale « et on ne pourra jamais l’enlever de la tête des gens ».


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