ÉLECTIONS: Trous noirs

A quelques jours des élections, on a parfois tant de mal à se soustraire au storytelling politique que l’on oublie parfois que toutes ces belles histoires comportent aussi leurs lapsus.

Dans plus ou moins 48 heures, une fenêtre temporelle va se fermer. Exit les belles promesses, les débats d’idées, les petites piques insérées ça et là dans une campagne, certes plus animée que les précédentes, mais trop amorphe quand on considère les scandales qui ont amené les Luxembourgeois aux urnes. Et pourtant, ce que le pays a vu en ces dernières semaines est par trop rare et devrait nous pousser à quelques réflexions de fond. Certes, à la longue, on s’en lasse de ces incessantes tables rondes, de ces face-à-face ou de ces soirées débats. Pourtant, c’est aussi ça la démocratie vécue.

A partir du lundi 21 octobre, le morne réalisme politique reprendra le dessus. Finies les nouvelles perspectives, les larges horizons politiques ouverts par la bataille électorale – ce sera l’heure des calculs, des batailles d’anti chambre et des intrigues. Le pouvoir se retire de la place publique et le peuple doit attendre devant ses portes pour savoir ce qui l’attend. Le pragmatisme reprend sa place sur les jolis contes de fées qu’on nous racontait avant le passage obligatoire aux urnes.

Finies les nouvelles perspectives, les larges horizons politiques ouverts par la bataille électorale – ce sera l’heure des calculs, des batailles d’anti chambre et des intrigues.

Et pourtant, même si on peut déplorer le fait que les débats d’idées ne refassent surface que tous les cinq ans – ce qui semble être le sort de toute démocratie capitaliste et consumériste – il peut être intéressant de mettre ce storytelling sur la table d’autopsie, pour voir ce qui l’a constitué. Et l’étonnant c’est de voir surtout que ce corps d’utopies comporte d’importants trous noirs. En premier lieu bien sûr, l’affaire du Srel – qui est d’ailleurs loin d’être résolue, ni sur le plan juridique, ni sur celui des réformes nécessaires. Que le CSV ne veuille plus en entendre parler, on peut le comprendre. Mais quid des autres partis ? A part la gauche, qui semble s’isoler en prônant son abolition pure et simple, aucun parti n’a vraiment fait de cette affaire, qui a pourtant provoqué un tel malaise dans la coalition gouvernementale que des élections anticipées sont devenues inévitables, son véritable cheval de bataille.

Alors que l’enjeu relevé par cette fâcheuse histoire dépasse de loin le service de renseignement – il en va tout simplement de la liberté de penser. Balayées aussi les possibles implications du ministre Frieden dans l’affaire « Bommeleeër », le fait qu’il aurait pu peser sur les enquêteurs ne semble jouer aucun rôle. De même pour Cargolux, où ce même Frieden a miraculeusement disparu de la surface lorsque son collègue Claude Wiseler s’est mis à négocier en catimini avec la HNCA. Alors qu’il semble que les conservateurs soient toujours incapables de tirer les leçons et les conséquences de la catastrophe qatarie, les autres partis – et surtout les grands – ne semblent s’offusquer que mollement de ces nouvelles manoeuvres secrètes.

Mais il y a plus, comme par exemple l’occultation totale du rôle que Jean-Claude Juncker a joué au niveau européen, lorsqu’en tant que « Mister Euro » il s’est appliqué à sauver notre monnaie unique tout en acceptant que par cette politique la population de pays entiers comme la Grèce, l’Espagne ou le Portugal soient plongés dans la misère et la précarité permanente. On peut objecter que ces affaires n’ont pas grand-chose à voir avec la politique luxembourgeoise, mais pourtant ce serait ignorer que dans l’Europe économique bien réelle, toutes ces choses sont liées, et puis on ne va tout de même pas oublier la solidarité européenne.

On pourrait aisément continuer cette liste, le constat resterait le même : le débat politique préélectoral n’est pas seulement constitué de fictions, mais aussi d’omissions. Des trous noirs qui réapparaîtront sûrement dès la fin du feu d’artifice.


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