INÉVITABLE DÉMANTÈLEMENT SOCIAL: Scénarios divergents

von | 18.10.2013

La Fondation Weicker a scruté l’avenir et ne voit pas de salut en dehors du démantèlement social. Des scénarios alternatifs existent-ils ?

La brochure « Luxembourg : de 2012 à 2030 », vingt pages seulement, est une réactualisation rapide et superficielle du livre de 400 pages « Europe 2012 », publié en 1997 et consacré aux possibles évolutions du Luxembourg dans des contextes européens variables. La Fondation Weicker y analysait les scénarios d’« Union pan-européenne », de « Kerneuropa », de « Libre échange », d’« Eurosclérose », ainsi que des scénarios hybrides. Cette étude était remarquable de par la lucidité avec laquelle elle exposait le modèle luxembourgeois, et qui conduisait à penser l’avenir du pays essentiellement dans un contexte régional et européen – un pas que, 15 ans plus tard, la plupart des politiciens n’ont toujours pas franchi. Moins lucide, l’adhésion sans faille des auteurs aux dogmes libéraux et leur façon de considérer qu’est bon pour le pays ce qui est bon pour le patronat en général et la place financière en particulier.

Sur ce dernier point, rien n’a changé. Le nouveau rapport se réjouit des avancées dues à l’« initiative Bolkestein », met en garde contre le « protectionnisme » qui soutirera au Luxembourg les revenus de la TVA électronique et considère que la taxe Tobin réduira les « degrés de liberté ». Quant aux recommandations faites en 1997 et non suivies, le plus grand regret concerne les « fonds de pension », considérés par les auteurs comme la réponse au « financement insuffisant » des systèmes existants – et dont le développement permettrait aux financiers, et à la place luxembourgeoise, d’engranger de nouveaux profits. A croire que ces experts vivent dans un univers parallèle, où la grande crise ne s’est pas encore produite.

Mettant de côté l’« Eurosclérose » – éclatement de l’Union en économies nationales protectionnistes – le nouveau rapport Weicker expose d’abord leur scénario rose d’une « Union pan-européenne » : sous l’effet de la crise actuelle, les institutions communautaires se renforceront et imposeront aux pays membres une sorte d’« Agenda 2010 » continental, afin de restaurer la compétitivité – et les marges de profit. Le Luxembourg deviendra alors la base européenne d’acteurs financiers « qui utiliseront la flexibilité de régulation » – et il y aura une « remise en question du rôle de l’Etat ».

Le scénario noir du « Kerneuropa » correspond au repli sur soi d’une zone euro réduite autour de la France et de l’Allemagne, ce qui devrait appauvrir tout le monde, et en particulier le Luxembourg. Comme en 1997, le troisième scénario est présenté comme « échappatoire économique » : l’Union européenne se cassera la figure, mais l’adhésion aux principes du libre-échange nous sauvera, après avoir subi une « restructuration sociale profonde selon le modèle anglo-saxon ». Comme l’écrit Véronique Poujol dans Paperjam, dans les trois cas il s’agit de « scénarios d’horreur » pour le modèle social luxembourgeois.

Facile de faire mieux. Imaginons que l’Union réalise enfin l’« Europe sociale », taxe bénéfices et patrimoine et parvienne à financer la transition vers une sorte de prospérité écologique – le Luxembourg y jouant un rôle de précurseur et de médiateur entre les grands pays. Utopique ? Oui, parce que les décideurs européens préfèrent écouter les lobbies financiers et industriels et que la myopie de l’élite politique luxembourgeoise ne se limite pas aux périodes électorales. Ce qui nous ramène aux trois premiers scénarios, sauf que la Fondation Weicker sous-estime les conséquences d’un démantèlement social conséquent : les populations risquent de se révolter, conduisant à un chaos économique et écologique dont on ne sait ce qui émergera.

Reste l’échappatoire du « scénario cubain », nommé d’après le pays qui, en cette période de crise écologique, a le mieux réussi à réduire son « footprint ». Ce n’est pas le mérite du système politique, mais une conséquence mécanique de l’appauvrissement causé par la chute des exportations de sucre. En cas de crise persistante, peut-être que les contraintes économiques et écologiques ramèneront l’Europe et le Luxembourg à la raison. A défaut d’éco-prospérité, il faudra allier la réduction brutale de la consommation matérielle avec une redistribution massive des revenus.

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