ARCELORMITTAL: Temps orageux

Est-ce un coup de com‘ de l’OGBL en pleine campagne des élections sociales ? En tout cas, dans le dossier Arcelormittal, les ponts entre syndicats et patronat semblent coupés – et la menace d’une grève se concrétise.

Après l’aventure chinoise de Cargolux, voilà un autre dossier épineux qui attend le nouveau gouvernement en train de se former. Certes, parler d’Arcelormittal sans penser aux conflits sociaux qui agitent l’entreprise sans cesse depuis la reprise en 2006 est devenu quasiment impossible. Mais pourtant, dans chaque relation tumultueuse, il y a des hauts et des bas. Et après avoir traversé une période plutôt calme – notamment suite de l’intervention de la Commission européenne – la tension vient de remonter de plusieurs crans. Il est vrai aussi que ce nouveau conflit était anticipé par l’OGBL, qui savait que les négociations autour de la nouvelle convention collective – l’ancienne ayant été unilatéralement dénoncée par Arcelormittal – ne seraient pas du gâteau. Ces négociations se trouvaient déjà en phase terminale, vu que la nouvelle convention aurait dû prendre effet début décembre.

La tactique de la « compétitivité »

Mais voilà qu’Arcelormittal, sans doute dans un de ces accès de magnanimité qu’on lui connaît si bien, a annoncé à la presse le 24 novembre qu’il étendrait la validité de ladite convention jusqu’au 15 décembre. Cela parce qu’Arcelormittal souhaite intégrer un « plan de compétitivité » à la nouvelle convention. Pour Jean-Claude Bernardini, le secrétaire syndical de l’OGBL en charge de la sidérurgie, ce « plan de compétitivité » relève plutôt de la farce : « C’est une notion qui ne fait pas de sens à mes yeux. Concrètement, ce qu’Arcelormittal souhaite faire passer avec ce plan, ce sont dix jours de congé de moins par an et un blocage des salaires sur trois ans. En fait, il s’agit là de revendications patronales qui étaient de toute façon sur la table pendant les négociations des six derniers mois et auxquelles l’OGBL s’est toujours refusé. » Et d’ajouter qu’il s’agirait plutôt d’une tactique pour forcer leurs revendications, que d’un vrai « plan ».

D’ailleurs, à propos de plan : l’OGBL a toujours demandé qu’Arcelormittal étale son plan industriel, détaillant les investissements futurs, les embauches et les technologies que l’entreprise souhaiterait développer. Or, jusqu’à présent, sur ce plan-là, le géant de l’acier ne s’est pas vraiment montré loquace. La seule chose qui est sûre, c’est que le nouveau laminoir de Belval promis dans les accords LUX2016, ne sera pas construit – même si une modernisation du laminoir existant est bel et bien prévue. Ce qui explique aussi que la somme des investissements promis par Arcelormittal dans le cadre des accords LUX2016 s’est réduite considérablement de 400 millions d’euros à environ la moitié. « Et encore, il faut savoir que dans ces chiffres sont aussi comptabilisés des investissements absolument cruciaux pour la maintenance des infrastructures en place. En d’autres mots, s’ils ne les investissent pas, leur équipement se détériorera de toute façon », explique Bernardini, qui récuse d’ailleurs aussi tout soupçon de coup électoral en renvoyant sur le fait que c’était bien la direction d’Arcelormittal qui, en dénonçant la convention collective il y a un an, a mis en branle ces négociations.

En tout cas, l’OGBL est prêt à tirer un premier coup de semonce mardi prochain en manifestant à Esch entre les Terres Rouges et le domaine du Schlassgoart – où se trouvent encore quelques-uns des bureaux d’Arcelormittal. Une manifestation OGBL donc, mais à laquelle se joindront les militants LCGB, à l’invitation du syndicat majoritaire. Et si ce premier coup de gueule ne suffira pas à faire bouger la direction d’Arcelormittal, les syndicats auront déjà obtenu un feu orange pour enclencher une grève.


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