POLITIQUE D’IMMIGRATION: La roue n’est pas réinventée

Un peu délaissée dans l’actualité politico-politicienne, le chapitre sur l’immigration dans le programme gouvernemental comporte des pistes intéressantes, mais ne change rien à la logique de l’immigration pratiquée jusqu’ici.

Il faut vraiment feuilleter longtemps le programme gouvernemental pour tomber sur le chapitre dédié à l’immigration. En effet, l’immigration est le dernier sujet abordé dans ce document censé expliquer les grandes lignes du renouveau que veulent incarner les coalitionnaires. Sur les deux pages dédiées à cette politique, on retrouve quelques-unes des vieilles revendications du secteur associatif, notamment de l’Asti. Par exemple pour les quotas communaux, le gouvernement « étudiera la possibilité d’instaurer un système de quotas obligeant les communes à participer de manière équitable à l’accueil des demandeurs de protection internationale sur notre territoire ». Cela permettra peut-être d’éviter qu’à l’avenir des demandeurs d’asile soient concentrés dans certaines communes, souvent mises devant le fait accompli. Ces dernières ne pourront plus jouer la carte du « Nimby » non plus.

Priorité aux riches et aux qualifiés

Mais pour ce faire, une réforme de l’Olai (Office luxembourgeois de l’accueil et de l’intégration) en charge de ces opérations s’impose. Une idée contenue aussi dans le programme, même si celui-ci ne parle que d’un « bilan de fonctionnement » de l’Office. Pour Sergio Ferreira, le porte-parole de l’Asti, il y a pourtant un vrai besoin de changer la donne à l’Olai : « Nous attendons bien sûr les résultats de l’analyse du gouvernement. Mais pour nous il est clair que le fonctionnement de l’Olai n’est pas idéal. Ce n’est pas un problème humain, mais un manque de moyens, de compétences et de management. » Il donne pour exemple le fiasco du foyer des travailleurs de la Millebaach.

Un autre point promis par le gouvernement est une nouvelle loi sur la protection internationale. Même s’il ne s’agit ici que d’une transposition de directives européennes qui doit être effectuée en 2015, l’Asti espère que celle-ci donnera lieu à une réforme plus fondamentale. La réaction de l’Asti aux annonces des coalitionnaires est dans l’ensemble positive, mais Ferreira reste critique sur le point de la facilitation. En effet, pour « faire bénéficier l’économie luxembourgeoise », le gouvernement étudie de « nouvelles catégories d’autorisation » pour les candidats à l’immigration « pouvant se prévaloir de certaines capacités et expériences ». En d’autres mots : priorité aux riches et aux travailleurs hautement qualifiés.

Ferreira redoute que cette catégorie d’immigration ne devienne un privilège pour les multinationales. Et on pourrait ajouter qu’une telle politique participerait au « brain drain » qui attire des ressources humaines de pays qui en auraient plus crucialement besoin que nous, créant au passage une immigration à deux vitesses. Un autre point d’inquiétude : l’annonce de la création d’une « maison retour », pour des familles de réfugiés devant faire face à un rapatriement. Même si cela s’accompagne de la promesse de faire un bilan du centre de rétention et de réduire son utilisation, Ferreira craint que ces structures ne soient « rien d’autre que des centres de rétention ouverts ».

Pourtant, le gouvernement envisage d’améliorer le traitement de tous les réfugiés. Ainsi, sont annoncés une procédure d’asile plus rapide, un programme de réinstallation pour les réfugiés qui ne peuvent pas rentrer chez eux et une meilleure coordination de tous les services concernés par le vivre-ensemble. Cela n’empêche que, sur le fond, malgré quelques améliorations, l’attitude du nouveau gouvernement luxembourgeois reste profondément ancrée dans la logique perverse de l’immigration au niveau des Etats européens. En soutenant explicitement le système Frontex « afin de mettre fin aux drames réguliers en mer Méditerranée » – une affirmation peu crédible au vu des larges pouvoirs et du peu d’efficacité et de volonté de cette machinerie incarnant la forteresse Europe – il perpétue les erreurs de son prédécesseur.


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