DÉMOCRATIE: Fenêtres entrouvertes

Avec la pétition en ligne et le référendum, le gouvernement s’est donné deux outils pour une démocratie plus directe. Pourtant, son approche manque de cohérence et de courage.

(Photo : thearcher)

Pour une fois qu’ils ont raison, les pétitionnaires de l’initiative « Schutz fir d’Kand »? Dans un communiqué expédié dimanche, ils se plaignent du fait que la commission juridique ait décidé de soumettre au vote de la plénière le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour tous, avant même que leur pétition ne soit clôturée. Certes, leur argument que même le Conseil d’Etat aurait soutenu l’idée d’un débat de fond est un mensonge. En réalité il s’agit d’un « avis séparé » (initié par Agnès Rausch qui y représente les Verts), donc minoritaire et non représentatif de l’avis de l’institution – qui est majoritairement pour le projet et a même forcé le législateur à ouvrir l’adoption pour tous.

Bien sûr qu’on peut et qu’on doit même réfuter leur argumentaire abominable, truffé d’homophobie et de relents d’hystérie stupide contre une prétendue « idéologie du genre » – qui n’existe pas d’ailleurs -, mais cela ne change rien au fait que ces personnes sont des citoyen-ne-s et qu’ils ont parfaitement le droit de dire leurs conneries haut et fort. Et qu’on le veuille ou non, ils ont le droit d’être traités comme les autres. Pire même, en les sanctionnant, comme l’a fait le « Lëtzebuerger Schrëftstellerverband » (LSV), quand il a découvert que sa secrétaire avait aussi chopé le virus du bigot et de l’homophobe, on les encourage à se radicaliser davantage.

Le storytelling du nouveau gouvernement a été une avancée vers plus de démocratie – mais il est en train de s’emmêler les pinceaux.

Ce traitement, comme celui plus avantageux de la pétition contre le tramway, démontre que le nouveau gouvernement n’a pas encore saisi la mesure de l’ouverture de la pétition en ligne. Car il ne peut pas traiter les pétitions comme un gadget quelconque. Le storytelling du nouveau gouvernement a été une avancée vers plus de démocratie – mais il est en train de s’emmêler les pinceaux. On ne peut pas traiter favorablement les opinions qu’on partage et ignorer celles qui n’entrent pas en ligne avec sa politique. L’opposition n’est pas en reste d’ailleurs, comme le montrent les manoeuvres contradictoires du CSV face aux pétitionnaires et au référendum.

Question référendum, la semaine qui vient de passer a été assez fructueuse. Après une période d’avancées et de reculades, la commission des institutions a décidé ce mercredi que le référendum consultatif avec ses quatre questions cruciales (droit de vote des étrangers, vote à partir de 16 ans, limitation des mandats ministériels et financement des communautés religieuses) aura bien lieu dans un an à peu près. Si pour le droit de vote des étrangers on peut se demander si c’est vraiment une bonne idée – le gouvernement risque de se prendre une sacrée raclée, et les débats promettent d’être houleux -, les autres questions sont légitimes. Ou plutôt le seraient, si le référendum n’était pas de toute façon consultatif.

Car même s’ils auront une incidence sur le vote du Parlement, le gouvernement pourra – s’il arrive à organiser assez de députés de l’opposition – passer outre. Ce qui constitue un fâcheux parallèle avec la tragicomédie qui se déroule en ce moment au niveau européen avec la bataille autour de Jean-Claude Juncker et la présidence de la commission. Or, si on veut oser plus de démocratie, il faut aussi avoir le courage de l’assumer pleinement et non pas se garder quelques jokers dans la manche.


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