Les politiques de l’UE en matière d’immigration mettent en danger la vie et les droits d’ĂŞtres humains, estime Amnesty International Ă l’occasion de la publication d’un nouveau rapport.

Demandeurs d’asile et migrants au centre de détention grec de Fylakio. (© Photo : GEORGIOS GIANNOPOULOS)
Les consĂ©quences de la dĂ©termination de l’Union europĂ©enne et ses Etats membres Ă verrouiller leurs frontières face aux rĂ©fugiĂ©s et aux migrants, voilĂ le sujet d’un rapport rendu public mercredi 9 juillet. « The human cost of Fortress Europe: Human rights violations against migrants and refugees at Europe’s borders » montre que les politiques de l’UE en matière d’immigration et ses pratiques de contrĂ´le aux frontières empĂŞchent des rĂ©fugiĂ©s d’accĂ©der Ă la procĂ©dure d’asile en Europe et mettent en danger la vie de toutes ces personnes, qui entreprennent des voyages de plus en plus dangereux.
« L’efficacitĂ© des mesures de l’UE pour endiguer le flux de migrants irrĂ©guliers et de rĂ©fugiĂ©s est, Ă tout le moins, contestable, a dĂ©clarĂ© John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International. Parallèlement, le coĂ»t en termes de vies humaines et de dĂ©tresse est incalculable, et vient frapper des personnes parmi les plus vulnĂ©rables au monde. »
Le coĂ»t de la politique de l’UE en matière d’immigration se chiffre en milliards d’euros. Chaque annĂ©e les Etats membres dĂ©pensent des millions d’euros pour Ă©riger des barrières, mettre en place des systèmes de surveillance sophistiquĂ©s et patrouiller le long des frontières. Un Ă©lĂ©ment montre bien l’endroit oĂą les responsables situent les prioritĂ©s : entre 2007 et 2013, l’UE a consacrĂ© près de 2 milliards d’euros Ă la protection de ses frontières externes, mais seulement 700 millions Ă l’amĂ©lioration de la situation des demandeurs d’asile et des rĂ©fugiĂ©s sur son territoire.
Renvois injustes et illégaux
Par ailleurs, l’UE et les Etats membres apportent Ă des pays voisins tels que la Turquie, le Maroc et la Libye leur coopĂ©ration et un soutien financier pour la crĂ©ation d’une zone tampon autour de l’Union, dans l’objectif de bloquer les migrants et les rĂ©fugiĂ©s avant mĂŞme qu’ils n’atteignent les frontières de l’Europe. Dans le mĂŞme temps, ils ferment les yeux sur les violations des droits humains dont ces migrants et ces rĂ©fugiĂ©s sont victimes dans ces pays.
« Les Etats de l’UE, en fait, paient les pays voisins pour assurer la surveillance de leurs frontières Ă leur place. Le problème est que beaucoup de ces pays se montrent frĂ©quemment incapables de garantir les droits des rĂ©fugiĂ©s et des migrants coincĂ©s sur leur territoire. Un grand nombre de ces personnes se retrouvent bien souvent sans ressources, exploitĂ©es, harcelĂ©es et privĂ©es d’accès Ă toute procĂ©dure d’asile. Les Etats membres de l’UE ne peuvent pas se dĂ©charger de leurs obligations en matière de droits humains vis-Ă -vis des personnes qui cherchent Ă pĂ©nĂ©trer sur leur territoire en externalisant auprès de pays tiers le contrĂ´le aux frontières. Cette coopĂ©ration doit cesser. »
Les rĂ©fugiĂ©s et les migrants qui parviennent Ă gagner les frontières europĂ©ennes risquent d’ĂŞtre immĂ©diatement refoulĂ©s. Amnesty International a recensĂ© des cas de renvoi sommaire par des gardes-frontières en Bulgarie et, en particulier, en Grèce, oĂą cette pratique est très rĂ©pandue. Ces renvois sont illĂ©gaux. Ils privent les personnes de leur droit de demander l’asile, s’accompagnent souvent de violences et dans certains cas mettent mĂŞme des vies en danger.
Ils n’interviennent pas uniquement aux frontières sud-est de l’UE. En fĂ©vrier 2014, la Garde civile espagnole a tirĂ© des projectiles en caoutchouc, des balles Ă blanc et des gaz lacrymogènes en direction de quelque 250 migrants et rĂ©fugiĂ©s qui arrivaient Ă la nage du Maroc et se trouvaient aux abords de la plage de Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord. Quatorze personnes ont perdu la vie. Vingt-trois autres, qui avaient rĂ©ussi Ă gagner le rivage, ont Ă©tĂ© immĂ©diatement renvoyĂ©es, sans avoir eu semble-t-il la possibilitĂ© de dĂ©poser une demande d’asile officielle.
Fuir pour périr en mer
« Selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s, le nombre de personnes dĂ©placĂ©es dans le monde n’a jamais Ă©tĂ© aussi important depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il est très choquant de constater que la rĂ©ponse de l’Union europĂ©enne Ă cette crise humanitaire consiste Ă aggraver encore les choses. Près de la moitiĂ© des personnes qui essaient de pĂ©nĂ©trer irrĂ©gulièrement sur le territoire de l’UE fuient la situation de conflit ou les persĂ©cutions auxquelles elles sont confrontĂ©es dans des pays comme la Syrie, l’Afghanistan, l’ErythrĂ©e ou la Somalie. Il faut donner aux rĂ©fugiĂ©s davantage de possibilitĂ©s d’entrer lĂ©galement et en toute sĂ©curitĂ© dans l’UE, de sorte qu’ils n’aient plus pour seule solution que d’entreprendre un voyage pĂ©rilleux. »
Devant la difficultĂ© croissante de rejoindre l’Europe par la voie terrestre, les rĂ©fugiĂ©s et les migrants choisissent de plus en plus souvent de prendre les routes maritimes, plus dangereuses, vers la Grèce et vers l’Italie. Des centaines de personnes meurent chaque annĂ©e en essayant de parvenir aux rivages de l’Europe.
Après les tragĂ©dies qui ont eu lieu au large de l’Ă®le italienne de Lampedusa, oĂą plus de 400 personnes ont perdu la vie en 2013, l’Italie a lancĂ© l’opĂ©ration « Mare Nostrum ». Cette initiative de recherche et de sauvetage a permis de secourir plus de 50.000 personnes depuis octobre 2013. Mais cela ne suffit pas. Durant les six premiers mois de l’annĂ©e seulement, plus de 200 personnes ont trouvĂ© la mort en mer MĂ©diterranĂ©e et en mer EgĂ©e. Des centaines d’autres sont portĂ©es disparues et pourraient avoir pĂ©ri elles aussi. Un grand nombre des personnes qui ont ainsi perdu la vie fuyaient de toute Ă©vidence les violences et les persĂ©cutions.
« La responsabilitĂ© de la mort de celles et ceux qui essaient de rejoindre l’UE est une responsabilitĂ© collective. Les Etats membres de l’UE peuvent, et doivent, suivre l’exemple de l’Italie et empĂŞcher les gens de se noyer en mer. Ils doivent pour cela appuyer des opĂ©rations de recherche et de secours en mer MĂ©diterranĂ©e et en mer EgĂ©e, a dĂ©clarĂ© John Dalhuisen. Les tragĂ©dies humaines auxquelles on assiste chaque jour aux frontières de l’Europe ne sont pas une fatalitĂ©. Et il n’est pas exact de penser que l’UE n’y peut rien. Dans de nombreux cas l’UE peut intervenir. Les Etats membres de l’UE doivent, enfin, faire passer les ĂŞtres humains avant les frontières. »
Texte intégral du rapport (en anglais) : www.amnesty.org/en/library/info/EUR05/001/2014/en

