MARCHÉS FINANCIERS: Où en est la régulation ?

Les lobbys financiers ont empêché un encadrement conséquent des marchés. C’est un ex-banquier qui l’affirme – et qui sera de passage au Luxembourg la semaine prochaine.

(Photo: Felipe-Menegaz-CC-BY-SA-3.0)

Ne pas sauver une banque peut être dangereux. Le 15 septembre 2008, le refus des autorités américaines de sauver la banque Lehman Brothers provoque la faillite de celle-ci… et la crise financière mondiale subséquente. La véritable cause ? Surendettement, déséquilibres macroéconomiques, interdépendance financière, spéculation débridée. Six ans plus tard, a-t-on tiré les leçons des événements ? Non, estime Jean-Michel Naulot, qui reproche aux gouvernements que « l’encadrement de la finance n’est plus dans leurs priorités ».

L’ex-banquier, qui connaît les rouages du système de l’intérieur, met en garde contre une nouvelle crise. « Pour lui (…) la machine est toujours aussi incontrôlable », a résumé « Le Nouvel Obs » à l’occasion de la sortie de son livre il y a un an. « Résultat, une crise financière encore plus violente peut terrasser les Etats, qui cette fois n’auront plus les moyens de se relever. Ils ont englouti toutes leurs marges de manoeuvre à sortir les banques de la précédente crise et à tenter de relancer l’activité. »

Les critiques que Naulot a formulées dans « Crise financière. Pourquoi les gouvernements ne font rien » ont été bien accueillies à gauche. Le mensuel « Alternatives économiques » émet quelques réserves, mais partage la plupart des analyses avancées par Naulot et souligne les qualités pédagogiques du livre, « assez général pour permettre de comprendre (…) et assez technique pour apporter des informations précises ».

Faut-il s’attendre, de la part de Jean-Michel Naulot, à des déclarations fracassantes lors de sa conférence jeudi prochain ? Pas vraiment, car malgré le titre tapageur de son livre, l’homme cultive un discours sobre et soigneusement argumenté. Ainsi sa critique de l’excès de dette et de liquidité n’est pas un ressassage de dogmes monétaristes, mais s’articule en ayant conscience de la rationalité à l’oeuvre : compenser la stagnation du pouvoir d’achat dans le cas des subprimes, gagner du temps dans le cas des actions des banques centrales.

Naulot mesure la régulation de la finance à l’aune de ce qui avait été décidé par le G20 de Londres en 2009. « Quatre ans plus tard, quelle part de la feuille de route de Londres a été réalisée ? Aux Etats-Unis moins d’un quart et en Europe un peu plus du tiers ! », expliquait-il en 2013 au « Nouvel Economiste ». L’ex-banquier attribue cet échec au fait que la peur qui aiguillonnait les décideurs politiques en 2009 est retombée. Mais surtout, les lobbys financiers se sont montrés très efficaces. Il a suivi de près les tentatives du commissaire Michel Barnier d’imposer une gouvernance aux marchés, et constate que sous
l’influence du Parlement et du Conseil européens, « les compromis signés ont eu pour effet de réduire systématiquement la portée des textes ».

Permis d’interdire

Faut-il pour autant arrêter de sauver les banques à l’aide d’argent public ? Sûrement pas, si l’on écoute Naulot. Sur son blog, il explique que le sauvetage récent de Banco Espirito Santo au Portugal confirme que « lorsque le temps presse l’intervention de l’Etat est la seule manière de dissiper les doutes sur la solvabilité ». Et profite pour mettre le doigt sur les faiblesses du projet d’Union bancaire européenne.

L’urgence serait cependant ailleurs : « On peut, en deux ans, avec des mesures très simples, réduire la spéculation », estime Naulot, et ainsi prévenir la prochaine crise. En effet, la séparation entre banques de dépot et banques d’investissement souvent réclamée ne serait pas, selon lui, la panacée. Considérant que les deux types d’activité sont forcément très imbriqués, le plus important serait de lutter contre la spéculation, qui peut mettre en danger l’ensemble du système. L’ex-banquier n’y va pas de main morte : « L`interdiction pure et simple de ces activités spéculatives est donc une solution de bon sens, naturelle. »

Conférence jeudi 18 septembre 12h15, à l’hôtel Parc Belle-Vue, organisée par Etika et Attac (inscription souhaitée).
Détails : http://etika.lu/spip.php?article923


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