PHOTOTÉMOIGNAGE: Avenir lumineux

Fukushima, trois ans et demi déjà. Une exposition de photos témoigne des effets terribles d’une telle catastrophe sur la vie des victimes, même évacuées.

Il neige sur Fukushima. Sur le cimetière de Fukushima. Entre les stèles avec des inscriptions en caractères japonais, des hommes en combinaison blanche. Pour leurs visites, les anciens habitants doivent se protéger et sont autorisés à passer cinq heures, pas plus, dans la zone interdite. Il s’agit là d’une des photos les plus marquantes de la petite exposition « Dans la zone interdite de Fukushima » qui, après avoir été montrée au « Garage », route d’Esch, sera à l’affiche à l’Oekofoire du 26 au 28 septembre.

Les photos ont été prises par Janick Magne, professeure d’université française à Tokyo, et Manami Shibuya, une de ses étudiantes. Elles ont notamment visité ensemble la ville abandonnée de Futaba, d’où est originaire la famille de l’étudiante. « Mon objectif est clair », écrit Janick Magne dans le document recto verso distribué à l’expo : « Témoigner, dire l’horreur d’une catastrophe nucléaire, raconter comment du jour au lendemain tous ces gens ont perdu leurs biens, leur maison, leur travail, leurs rêves, leur vie. Simplement dire. »

L’exposition est organisée en partenariat avec les Verts luxembourgeois, belges et français, Magne ayant d’ailleurs été candidate d’EELV aux élections législatives françaises en 2012. Pour en savoir plus sur ses visites à Fukushima, on peut consulter son blog janickmagne.blog.lemonde.fr, notamment les pages émouvantes consacrées à sa première visite de Futaba en février 2012. Notons aussi que, ce samedi, une manif anti-nucléaire est organisée à Metz, à l’initiative d’organisations allemandes (voir http://antiatomnetz-trier.de).

Quel type de photo associons-nous à une catastrophe ? Les photos de reportage prises dans le feu de l’action, bien sûr. A défaut d’avoir été dans le feu de l’action lors du tsunami et de l’accident nucléaire subséquent en mars 2011, on peut tenter de capter les conséquences de la catastrophe… en évitant de tomber dans l’écueil de l’esthétisation outrancière de la misère et de l’horreur.

Ce problème, qui se pose pour les photographes professionnels, est sans objet quand l’objectif est, comme dans le cas de Janick Magne, de simplement « témoigner ». C’est pour cela que l’exposition, à première vue, ressemble à une collection de photos souvenirs. Les prints de dimensions modestes montrent un rivage, des vaches, des pancartes avec des slogans japonais et même une sorte de selfie : une main avec un compteur Geiger.

L’effet choc des images provient du décalage entre leur nature presque touristique et les choses terribles dont elles témoignent, et qu’on ne découvre parfois qu’en lisant la notice. Ainsi le rivage était une des plus belles plages autour de Futaba, mais la digue, détruite par le tsunami, n’a pas été remise en état – personne n’y reviendra plus se baigner. Les vaches, photographiées en 2012, « ont été soit abattues soit parquées pour être étudiées de près ». Une autre image montre d’ailleurs des carcasses de bétail – les bêtes avaient été laissées enfermées sur place lors de l’évacuation, car les gens pensaient revenir rapidement.

Une route qui finit dans un champ, des bateaux en rade au milieu de la campagne – ces photos de « curiosités » témoignent en vérité de la force dévastatrice du tremblement de terre et du tsunami. Peu d’humains sur les photos, et une végétation qui envahit les anciennes zones habitées. Les seuls clichés qui montrent un semblant d’ordre sont ceux de dépôts et d’entrepôts… où sont entassés les déblais radioactifs. Enfin, les slogans exotiques au-dessus des rues de Futaba, une fois traduits, dégagent un humour noir cinglant : « Le nucléaire, l’énergie d’un avenir lumineux. »

Jusqu’au 28 septembre à l’Oekofoire, stand 2B01.


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