RÉFÉRENDUM: Démocratie diluée

Débats court-circuités, questionnaires affaiblis… il ne reste plus grand-chose du renouveau démocratique, excepté un gouvernement qui a peur de ses propres promesses.

(©flickr_suxsieq)

D’abord, ce fut une histoire de formulation des questions du référendum. Pourtant, celui-ci constitue une des promesses électorales que le gouvernement de coalition s’apprête à honorer – probablement pas à cause de son courage extraordinaire, mais seulement parce qu’il perdrait la crédibilité qui lui reste s’il se reniait sur ce point. Puis, derrière toutes les tergiversations sur les mots à utiliser, on a vu ce qu’il en était vraiment : la volonté de diluer le potentiel de ces questions.

Par exemple celle où le droit de vote des étrangers est évoqué. Dans ce cas, le gouvernement a mis tellement d’eau dans son vin que ce qu’il en ressort est pire que le plus imbuvable des vins Vichy. En imposant deux conditions aux étrangers qui souhaiteraient de façon facultative participer à notre belle démocratie – dix ans de résidence et avoir participé aux élections communales ou européennes avant -, le gouvernement subvertit tout l’enjeu de la question du déficit démocratique. Il aurait aussi bien pu ajouter la condition que tous les étrangers résidents qui veulent voter doivent pouvoir faire leurs croix avec leurs pieds et dans le noir. Poser la question de cette façon, c’est donner raison par avance à tous ceux qui, de toute façon, voteront contre cette proposition, affaiblie ou non. Car, pour les opposants farouches, c’est une question de principe et non de formulation.

La même chose vaut pour la seconde proposition capitale du référendum : la paie des ministres des cultes. Pourquoi en faire un tel cas alors que, de toute façon, la question sera retirée au cas où l’Etat trouve un accord avec les cultes conventionnés ? Pourquoi faire miroiter la possibilité aux électeurs d’enfin pouvoir sanctionner ces institutions – et surtout l’Eglise catholique, qui pendant trop longtemps a occupé une place trop importante au sein de l’Etat -, alors qu’en même temps le gouvernement est tout à fait disposé à conclure un marché dans ses antichambres ? C’est dire le peu de considération qu’il porte à la consultation citoyenne, qui une fois de plus se révèle n’être qu’un pur maquillage.

Il semble que la coalition ait peur de son propre courage et que, ce faisant, son renouveau démocratique s’embourbera certainement dans une spectaculaire médiocrité.

Il semble que la coalition ait peur de son propre courage et que, ce faisant, son renouveau démocratique s’embourbera certainement dans une spectaculaire médiocrité.

Après le gouvernement, c’était cette semaine au tour de la Chambre des députés de présenter ses plans pour mener à bien le débat citoyen avant le passage aux urnes. Et, là aussi, le mot d’ordre est : « Courage, fuyons ! » En n’invitant que les partis déjà représentés à la Chambre, celle-ci court-circuite non seulement les pirates, qui de toute façon en profiteront pour fustiger encore plus la coalition, mais aussi toute la base citoyenne – associations, ONG et tous les autres représentants de la société ne sont donc pas les bienvenus.

Mais le pire est que, de toute façon, ces quatre questions ne sont que d’infimes détails de la réforme de la Constitution promise depuis belle lurette. Et on n’ose même plus parler d’un débat sur cette réforme, tant les essais pour le mener – comme celui entrepris par le magazine forum il y a quelques années – se sont perdus dans le désert, faute aussi de soutien officiel.

Il semblerait bien alors que la coalition ait pris peur de ses propres envies d’ouverture en constatant que les choses sont un peu plus complexes qu’elle ne l’espérait. Et avec tant d’espoirs déçus, ses opposants, qui ne feraient probablement pas mieux, s’en lèchent déjà les babines…


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