Éducation nationale : Bricoles

von | 11.07.2016

La Chambre a adopté, avec les voix de la majorité, une réforme de la procédure d’orientation de l’enseignement fondamental vers le secondaire. Une « réformette » qui pourrait entraîner des différences de traitement.

(© Pink Floyd)

(© Pink Floyd)

Ce sont des semaines chargées pour Claude Meisch. Alors que le nouveau cours « Vie et société » (voir Thema) doit débuter à la rentrée, le ministre de l’Éducation nationale veut présenter son projet de réforme de l’enseignement secondaire avant l’été. Afin d’atténuer les tensions au sein du corps enseignant, apparues au cours du conflit autour d’une série de mesures d’économies, l’ancien maire de Differdange est « on tour ». Il a visité 25 écoles au cours des derniers mois, afin d’entrer en contact avec profs et étudiants – et de contourner les syndicats. Il y a un an, au pic du conflit qui l’opposait à ces derniers, il avait annoncé vouloir « trouver d’autres voies de dialogue avec les enseignants ».

Peu étonnant donc que certaines réformes ne bénéficient pas de l’attention dont elles pourraient bénéficier. Ainsi, celle de la procédure d’orientation de l’enseignement fondamental vers le secondaire : une procédure qui sera considérablement simplifiée, sans pourtant remettre en cause le principe même d’une « sélection » à l’âge de 12 ans – ce que n’a d’ailleurs pas manqué de reprocher au ministre le député Déi Lénk David Wagner lors du débat à la Chambre. Par manque de courage politique, les gouvernements successifs ne procéderaient que par « bricoles » concernant l’orientation.

La réforme prévoit d’entamer la procédure d’orientation dès le cycle 4.1 – ce qui était jadis la cinquième année d’enseignement primaire – et d’impliquer davantage les parents d’élèves. Ainsi, le « conseil d’orientation », composé de l’enseignant de la classe, d’enseignants du secondaire et de l’inspecteur, et qui prend la décision d’orientation à l’heure actuelle, sera aboli. La décision sera prise d’un commun accord entre enseignant et parents. En cas de désaccord, une commission d’orientation nationale siégera. L’« examen de recours », prévu pour le cas où des parents s’opposeraient à la décision finale, sera lui aussi abrogé.

Différences de traitement en vue

Pour la députée CSV Martine Hansen, l’abrogation de cet ultime recours ne laisserait aux parents mécontents d’autre choix que d’engager une procédure judiciaire devant la juridiction administrative. Avec, à la clé, des différences de traitement, puisque seuls les ménages aisés pourraient envisager une telle action.

Les différences de traitement, le syndicat d’enseignants SEW les craint aussi. Ainsi, rien que pendant les « négociations » entre parents et enseignant, les parents pourraient abuser de leur influence ou de leurs talents rhétoriques afin d’obtenir gain de cause. De plus, en cas de désaccord, les enseignants seraient obligés d’argumenter « contre les élèves » devant la commission d’orientation nationale afin de justifier leur position. La commission, elle, ne pourrait décider en connaissance de cause, puisqu’elle statuerait uniquement sur base d’un dossier, sans connaître l’élève en question. Par ailleurs, dans des cas où la commission prendrait des décisions contraires à l’avis de l’enseignant, l’autorité de ce dernier serait compromise au sein de l’école.

La réforme de la procédure d’orientation a été adoptée par la Chambre, mardi, avec les seules voix de la majorité. Claude Meisch, lui, continue sa course contre la montre pour finaliser ce qu’il y a à finaliser avant les vacances.

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