Arts pluriels : Back to the 1980’s

von | 27.08.2026

Les années 1980 s’invitent au Mudam à travers « Video Killed The Radiostar », une expo qui ne se veut pas nostalgique, mais qui invite à la réflexion à l’aune de notre époque.

Iconographie murale sur les années 1980 aux côtés de télévisions cathodiques montrant des vidéos liées à cette époque, dont celles des Buggles, qui donne son nom à l’expo. (Photo : Nuno Luca da Costa)

Souvent, on associe les années 1980 uniquement à la culture pop, à la musique, aux séries américaines, aux foisonnantes couleurs vestimentaires ou encore aux improbables usages capillaires. Pourtant, il y eut aussi la chute du mur de Berlin et le début de la fin de la guerre froide. Ce sont aussi, entre autres, les années de la peur face au nucléaire après la catastrophe de Tchernobyl et ce sont aussi les années où l’on identifiait pour la première fois le VIH, le virus responsable du SIDA. Cela dit, l’expo « Video Killed the Radiostar » au Mudam ne prétend nullement nous soumettre à une expérience dystopique de cette époque. L’expo cherche tout simplement à questionner les thèmes des années 1980 et à comprendre comment ceux-ci se sont développés au fil du temps. Le parfait exemple est sans doute celui de l’évolution de la technologie, notamment avec l’intelligence artificielle.

Entre les galeries Est et Ouest du sous-sol du Mudam, un espace intermittent, dit le Foyer, accueille allègrement le public au son ininterrompu des Buggles et leur titre intemporel « Video Killed the Radio Star », que les mélomanes avaient immédiatement identifiés dans l’intitulé de l’exposition. Au Foyer, telle une mosaïque murale, se déploie devant nous une ribambelle d’images issues de l’iconographie des années 1980. Un véritable tiroir de mémoires s’ouvre à nous et tout y passe : les consoles Nintendo et Gameboy, la culture new wave, des artistes légendaires comme Serge Gainsbourg, dans sa période « Gainsbarre », la libération de la femme et de la culture gay, des affiches des lieux de la vie nocturne parisienne comme « Le Palace » ou « Les Bains Douches », des affiches de concerts de groupes comme Joy Division ou Soft Cell, une affiche de promotion pour le port du préservatif, l’image du personnage publicitaire de Mr Propre, ici repris et réinterprété par l’artiste germano-luxembourgeois Michel Majerus, la marionnette de la télévision allemande « Karlchen » et inévitablement le premier logo de MTV, entre moult autres.

Zapping vs scrolls

Le succès des Buggles leur permît de réaliser la première vidéo à passer sur la chaîne musicale américaine, lors de sa première émission en 1981. La vie étant faite d’improbabilités, ce fut aussi la dernière, le 31 décembre de l’an dernier, lorsque la chaîne a cessé d’émettre en dehors des États-Unis, notamment en Europe, en Amérique Latine et en Australie. La faute aux plateformes de streaming et aux réseaux sociaux comme Tik Tok, justifient les décideurs. Cela symbolise parfaitement la fin de toute une époque et cette exposition nous en fait prendre conscience. Pourtant, les actuels débats sur le temps passé devant l’écran d’un smartphone ou d’un ordinateur, étaient les mêmes que ceux autour de la télévision dans les années 1980. Si à l’époque, certains utilisaient le précieux temps de leur existence à faire du zapping, aujourd’hui cela se fait en scrollant continuellement. La forme a changé, mais l’inutilité perdure.

Ainsi, tout au long de l’exposition, ce jeu consistant à comparer les époques en interrogeant le changement des réalités – pour le meilleur ou pour le pire – est constante. À titre d’exemple dans la Galerie Est, où se présentent des créations de noms reconnus comme Vivienne Westwood, Daniel Buren ou encore Cindy Sherman, une série de 18 photos du couple d’artistes allemand Bernd & Hilla Becher nous interpelle. Dans un alignement géométrique irréprochable s’exposent devant nous les clichés, en noir et blanc, de 18 haut-fourneaux de plusieurs sites sidérurgiques de Lorraine, de Sarre, de Wallonie et du bassin minier luxembourgeois. Nous sommes bien sûr dans l’engrenage du déclin de toute une industrie qui était le gagne-pain de beaucoup. Cela nous renvoie aux chocs pétroliers du début et de la fin des années 1970, qui ont dicté la fin des dites Trente Glorieuses, engendrant dans nos sociétés des problèmes toujours existants comme le chômage de masse ou l’inflation. Et puisqu’il s’agit de la décennie des années 1980 dont il est question, cela nous ramène inévitablement au côté plus obscur du néolibéralisme à outrance des années Reagan et Thatcher. Pendant qu’une partie du monde amassait des fortunes colossales, une autre partie, désigné comme tiers-monde, vivait dans une incommensurable misère au vu de tous. D’ailleurs, de cette époque on retiendra les concerts du Live-Aid organisé par le chanteur britannique Bob Geldof contre la famine en Éthiopie. Au vu d’aujourd’hui, cette misère mourante n’est plus monnaie courante comme à cette époque, mais les inégalités persistent et, surtout, s’accroissent. Les crises humanitaires sont maintenant aussi migratoires.

Dans la Galerie Ouest, d’autres créations et d’autres noms comme Peter Halley, Harun Farocki, Alvin Baltrop ou encore Jack Goldstein, issues des années 1980 et appartenant toutes à la collection du Mudam, nous invitent à ce jeu perpétuel entre le passé et présent. L’on peut facilement s’adonner à cet exercice face aux 55 photographies en noir et blanc disposées diagonalement, nous faisant par moments penser à une pellicule de cinéma, puisque dès la première image accompagnée d’un court récit, nous ne pouvons nous empêcher de continuer à vouloir connaître la suite, telle une série addictive des plateformes de streaming. La forme change, mais le goût et la curiosité pour la narration persiste. Dans ce cas précis, il s’agit de « Suite Vénitienne » de l’artiste française Sophie Calle.

L’expo trouve ainsi son attrait principal, non seulement à travers ce revivalisme des années 1980, mais également à travers les associations immédiates qu’un simple objet, une simple photo, une simple vidéo, une simple sculpture ou une simple installation parvient immédiatement à déclencher. Si à l’époque des Buggles il était question de la transition de la radio vers la vidéo, aujourd’hui il est question de la transition vers l’intelligence artificielle. Quid des générations qui ne connaîtront que l’ère de l’intelligence artificielle ? Sans aucunement renier les valeureux progrès que cela apporte, peut-on craindre un certain affaiblissement cognitif et surtout créatif de l’être humain ? Faut-il s’alarmer d’une imparable montée en puissance et en autonomie de ladite intelligence artificielle, procréant des réalités jamais connues jusqu’ici ? Demandons-le à ChatGpt, au son des Buggles bien sûr.

« Video Killed The Radiostar : The 1980’s and Their Cultural Echoes » au Mudam jusqu’au 11 octobre 2026.

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