Trio Cénacle : Georges Schmitt, Lieder

von | 22.10.2018

Un an après un concert à la Philharmonie où il a donné en public plusieurs chansons de Georges Schmitt, le trio Cénacle propose un CD entièrement consacré à ce compositeur méconnu, à cheval entre l’Allemagne et la France.

Georges Schmitt, né Johann Georg Gerhard Schmitt à Trèves, en 1821, est un musicien précoce : dès 14 ans, il tient les grandes orgues de la cathédrale de sa ville natale. Les lumières de Paris l’attirent en 1844, et il est nommé organiste à l’église Saint-Sulpice en 1849. Si son œuvre la plus populaire est sans conteste la chanson « Mosellied », Schmitt a été un compositeur prolifique tant pour son instrument que pour orchestre et chœurs. Malheureusement, les tensions géopolitiques du 19e siècle, culminant avec la guerre franco-allemande de 1870, ont éclipsé son travail, qui comprend aussi de nombreuses chansons, un genre en vogue dans les salons du Paris de l’époque.

Ce sont ces chansons que l’album du trio Cénacle propose. Divisées entre mélodies (sérieuses et souvent sur des textes de poètes consacrés), romances (plus simples et légères) et chansons proprement dites (plus comiques et populaires), celles-ci présentent une belle palette de voix littéraires. Un piano discret, qui met en valeur voix et textes, les accompagne. Victor Hugo y côtoie Alfred de Musset, Victor Ladet y badine et y est plus appliqué, Sully Prudhomme, premier lauréat du prix Nobel de littérature tout de même, y décline ses vers désormais délicieusement surannés… le tout mis en musique par un Georges Schmitt plutôt bien inspiré mélodiquement, tout en gardant la simplicité nécessaire pour une écoute facile.

L’interprétation du trio Cénacle, dont le nom même vient du cercle littéraire romantique formé autour de Victor Hugo, est musicalement très réussie. Avec beaucoup de dévouement, Michèle Kerschenmeyer accompagne au piano avec justesse et sans ostentation, laissant le chant de ses collègues se développer. On profite néanmoins de son jeu en solo dans l’« Arabesque sur ‘La violette’ », seule plage non chantée, où elle peut mettre en valeur son expressivité. Evelyn Czesla et Nico Wouterse intériorisent les textes avec élégance et profondeur, livrant une prestation vocale à la musicalité en adéquation avec les poèmes. Dommage quelquefois que la soprano privilégie l’intensité de la voix plutôt qu’une diction française claire ; les textes sont heureusement reproduits en entier dans le livret. Le baryton-basse est plus précis dans les syllabes, sans mettre moins de cœur à rendre l’esprit des strophes.

Le CD est disponible sur https://haensslerprofil.de/shop/kammermusik-instrumental-2/georges-schmittlieder, naturellement chez les disquaires, et sur les diverses plateformes de musique en ligne.

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