EBOLA: Changer de priorité

von | 30.10.2014

MSF met en garde contre les effets de la mise en quarantaine forcée du personnel de santé de retour de la lutte contre Ebola.

Cette disposition, appliquĂ©e mĂŞme en l’absence de symptĂ´mes, n’est pas fondĂ©e sur des mesures scientifiques et pourrait ruiner les efforts en cours pour endiguer l’Ă©pidĂ©mie Ă  la source. La prioritĂ© doit ĂŞtre donnĂ©e Ă  un suivi rigoureux de l’Ă©tat de santĂ© des personnes de retour d’un pays touchĂ© par Ebola, plutĂ´t qu’Ă  l’isolement coercitif de personnes ne prĂ©sentant pas de symptĂ´mes.

« Il existe d’autres façons de concilier les craintes de l’opinion publique et les impĂ©ratifs de santĂ© publique. La panique dans les pays qui ne sont que marginalement touchĂ©s par l’Ă©pidĂ©mie ne peut pas ĂŞtre le curseur de la rĂ©ponse Ă  Ebola Â», prĂ©cise Sophie Delaunay, directrice gĂ©nĂ©rale de MSF aux États-Unis. « Les dispositions qui ne reposent pas sur des arguments mĂ©dicaux et scientifiques, et qui visent Ă  isoler des travailleurs humanitaires en bonne santĂ©, risquent fortement de dĂ©courager d’autres personnes Ă  s’engager dans la lutte contre l’Ă©pidĂ©mie Ă  la source, en Afrique de l’Ouest Â».

Les volontaires internationaux de MSF doivent dĂ©jĂ  faire face Ă  la lourdeur des quatre Ă  six semaines de mission dans les pays touchĂ©s par Ebola. Le risque d’ĂŞtre mis en quarantaine pendant 21 jours après la fin de leur mission a dĂ©jĂ  poussĂ© certains volontaires Ă  rĂ©duire la durĂ©e de leur permanence sur le terrain. D’autres pourraient ne plus ĂŞtre disposĂ©s Ă  partir. Cela risque d’avoir d’importantes rĂ©percussions sur les opĂ©rations menĂ©es sur le terrain par MSF et par d’autres organisations, au risque d’entraĂ®ner une pĂ©nurie de personnel alors mĂŞme que l’Ă©pidĂ©mie ne cesse de se propager.

L’intervention de MSF repose sur un groupe limitĂ© de personnes ayant des compĂ©tences très spĂ©cifiques, nĂ©cessaires dans le contexte d’une Ă©pidĂ©mie d’Ebola. Restreindre ultĂ©rieurement les capacitĂ©s de dĂ©ploiement de ces travailleurs humanitaires pourrait avoir de très graves consĂ©quences. Depuis le mois de mars, plus de 700 volontaires internationaux de MSF se sont rendus en Afrique de l’Ouest dans le cadre de la rĂ©ponse Ă  l’Ă©pidĂ©mie.

Combattre Ebola sur place

Le durcissement des mesures de surveillance Ă  destination des travailleurs humanitaires de retour aux États-Unis pourrait entraĂ®ner l’adoption de mesures similaires dans d’autres pays. Ceci multiplierait les effets nĂ©gatifs sur la capacitĂ© Ă  combattre l’Ă©pidĂ©mie en Afrique de l’Ouest.

« Nous devons ĂŞtre guidĂ©s par les connaissances scientifiques, pas par les agendas politiques, explique le Dr. Joanne Liu, prĂ©sidente internationale de MSF. La meilleure façon de rĂ©duire le risque de propagation d’Ebola en dehors de l’Afrique de l’Ouest est de la combattre sur place. Les politiques qui vont Ă  l’encontre de ce principe, ou qui dĂ©couragent les personnes qualifiĂ©es d’offrir leur aide, sont myopes. Pour endiguer cette Ă©pidĂ©mie, nous devons regarder au-delĂ  de nos frontières Â».

Les connaissances scientifiques dont nous disposons montrent que les personnes infectĂ©es par le virus Ebola ne transmettent pas le virus lorsqu’elles ne prĂ©sentent pas de symptĂ´mes. De plus, et Ă  la diffĂ©rence d’un rhume ou de la grippe, Ebola ne se transmet pas par voie aĂ©rienne. Le virus ne se transmet que par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectĂ©e et symptomatique, tels que le sang, les vomissures ou les selles.

Les protocoles MSF qui encadrent le retour du personnel dans son pays d’origine se basent sur les directives des organismes de santĂ© internationaux, en particulier l’Organisation Mondiale de la SantĂ© et les Centers for Disease Control (CDC) amĂ©ricains, et ils sont appliquĂ©s rigoureusement.

Risque de stigmatisation

En outre, il existe un risque important de stigmatisation du personnel de santĂ©. Il est fondamental que l’opinion publique conserve la confiance dans les soignants. Le personnel spĂ©cialisĂ© dans la prise en charge des maladies infectieuses, comme la tuberculose ou le VIH/Sida, n’est pas confrontĂ© Ă  cette stigmatisation et Ă  ces mesures de restriction des mouvements.

La rĂ©ponse de MSF Ă  l’Ă©pidĂ©mie d’Ebola en Afrique de l’Ouest a commencĂ© en mars 2014. MSF mène actuellement des activitĂ©s dans trois pays, la GuinĂ©e, le Liberia et la Sierra Leone, oĂą elle emploie 270 volontaires internationaux et plus de 3.000 personnes recrutĂ©es localement. MSF gère six centres de prise en charge des cas d’Ebola, deux dans chacun des trois pays, pour un total d’environ 600 lits dans des unitĂ©s d’isolement. Depuis le dĂ©but de l’Ă©pidĂ©mie, plus de 4.900 patients ont Ă©tĂ© admis dans ces centres, dont environ 3.200 cas confirmĂ©s d’Ebola. Près de 1.140 personnes ont survĂ©cu. Plus de 877 tonnes de matĂ©riel ont Ă©tĂ© acheminĂ©es dans les trois pays depuis le dĂ©but de l’intervention en mars.

En 2013, pour l’ensemble des projets MSF dans près de 70 pays, plus de neuf millions de personnes ont reçu des soins mĂ©dicaux. Plus de 180.000 femmes ont pu accoucher dans un environnement mĂ©dicalement sĂ»r, et plus de 77.000 interventions chirurgicales ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es. Près de deux millions de cas de paludisme ont Ă©tĂ© traitĂ©s.

Pour un volontaire MSF, chaque mission comporte un important investissement en temps, en Ă©nergie et en compĂ©tences avant, pendant, et après sa permanence sur le terrain. Les protocoles de l’organisation sont conçus en tenant compte de cette rĂ©alitĂ© : pour rĂ©ussir Ă  fournir des soins mĂ©dicaux vitaux aux personnes qui en ont le plus besoin, il faut tout mettre en ?uvre pour prĂ©server la santĂ© du personnel humanitaire.

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