Acceptation de la taxe CO2 : Coup de pompe

von | 24.12.2020

Une enquête d’opinion montre que, sans s’y opposer, la population reste sceptique face à la taxe carbone.

En juillet dernier, le Mouvement écologique présentait une enquête Ilres sur les attentes de la population pour l’après-Covid-19 (online-woxx : Große Mehrheit für ökologischen Umbau der Gesellschaft). Les opinions recueillies et les commentaires de l’ONG donnaient un peu dans l’angélisme, comme l’illustre le titre du résumé des résultats : « Non à un retour à la société ‘pré-Covid’ ! » On pouvait notamment relever que 91 % des personnes de l’échantillon étaient favorables à un autre modèle économique, qui se focaliserait moins sur la « consommation matérielle ».

L’’enquête publiée la semaine dernière est plutôt marquée par le réalisme : concernant la taxe carbone, la population est pour, mais… Pour la première question, le Mouvement avait cependant choisi un sujet plus général, celui de la gravité de la crise climatique. Et effectivement, 88 % des personnes ont marqué leur accord, à divers degrés, avec l’idée qu’il s’agissait d’une très grande menace pour l’humanité.

Bien entendu, il est toujours plus facile d’adhérer à une affirmation générale qu’à des revendications concrètes. Ainsi, l’introduction de la taxe carbone ne recueille plus que 55 % d’opinions favorables contre 38 % de refus. Les arguments donnés en faveur de la taxe méritent également qu’on s’y arrête. De nombreuses personnes raisonnent en termes moraux (principe pollueur-payeur 53 %, sanctionner les comportements nuisibles 44 %) ou alors mettent en avant que l’argent recueilli servira à financer des projets utiles dans la lutte contre le changement climatique (44 %). Le Mouvement regrette que la taxe « soit considérée par seulement un cinquième de ses supporteurs comme un argument central dans la lutte contre le changement climatique ».

D’abord le plein, ensuite la morale

Du côté des contre-arguments, relevons celui de l’absence d’équité, la taxe pesant plus lourdement sur les ménages à faible revenu. Et justement, une large majorité se dessine en faveur d’une compensation financière pour ces derniers – qui a entre-temps été confirmée par le gouvernement (woxx 1610 : Petite bête deviendra grande).

Mais quand arrive la question du prix des carburants, ça se gâte. Les 49 % de oui, contre 44 % de non, nous rappellent que le Luxembourg demeure une « nation d’automobilistes ». Enfin, concernant le niveau de renchérissement acceptable, les réponses sont inquiétantes : certes, le niveau d’augmentation prévu pour 2021 (5 centimes) n’est refusé que par 20 %, mais celui pour 2023 l’est par une majorité, et au-delà des 10 centimes, ça sent les « gilets jaunes ». Où sont donc les 91 % qui, en juillet, tournaient le dos à la « consommation matérielle » ?

C’est fichu, pourrait-on dire. Mais le Mouvement écologique en tire une autre conclusion : puisque les gens n’ont pas vraiment compris que la taxe carbone est utile et efficace, il faut mieux l’expliquer. « L’accent doit être mis sur la contribution concrète que la taxe peut apporter à la lutte contre la crise climatique et sur la mesure dans laquelle elle peut contribuer à une plus grande justice. » Bonne chance !

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