Dans les salles : Chun jiang shui nuan

Enfin sort dans les salles luxembourgeoises ce « Séjour dans les monts Fuchun » qui a tant fait parler de lui au début de l’année 2020. L’attente est pleinement récompensée.

Une idylle se noue sur le fleuve Fuchun. (Photos : ARP Sélection/Dadi Film/Factory Gate Film)

On l’a évoqué plusieurs fois déjà dans ces colonnes : l’ouverture – exceptionnelle en Europe – des cinémas au grand-duché nous vaut de voir des films qui sinon n’auraient pas atteint nos écrans. Preuve s’il en est de la frilosité des salles luxembourgeoises, qui ont quand même réussi à snober pendant plus d’un an ce film fleuve remarqué au Festival de Cannes 2019 et auréolé d’un succès critique important en janvier 2020. Il est vrai que les cinéphiles du cru ont depuis longtemps fait une croix sur la possibilité d’une véritable salle d’art et d’essai. Mais passons.
Film fleuve, avons-nous écrit. C’est que le fleuve, explicite dans le titre chinois, préside à la majesté de cette ample fresque autant que les monts Fuchun des titres français ou anglais, lesquels reprennent littéralement la dénomination d’une célèbre peinture de Gongwang Huang. Il est vrai que celle-ci est montrée dans le film et que le réalisateur dit s’en être inspiré.

La composante fluviale est emblématique, par exemple, dans ce long travelling où l’on suit un jeu de séduction : le jeune homme propose une course où lui nagera et sa fiancée cheminera à pied ; la caméra longe lentement la berge et scrute les deux tourtereaux, dans un temps suspendu qui ne fournira un plan de coupe qu’après de longues minutes. On ne compte plus les magnifiques plans où les actions et les personnages s’entrecroisent, avec un travail de précision sur l’ambiance sonore. Du grand cinéma déjà pour un jeune réalisateur, Xiaogang Gu, qui de plus a l’audace de se lancer dans une saga, le film n’étant que la première partie d’un cycle plus long.

Et pourtant, la narration englobe ici tout de même deux années entières dans la ville-district de Fuyang. Tout commence par l’anniversaire de la vieille matriarche, où l’on découvre la faune particulière qui compose sa famille. Un point commun chez la deuxième génération, celle de ses enfants : le souci constant de l’argent, de l’aisance financière, qui résulte en de nombreux conflits au gré des dettes contractées, ainsi qu’en l’envie d’arranger des mariages qui assureront les vieux jours des parents plutôt que le bonheur des enfants. Dans cette petite ville (pour la Chine) en passe de devenir une banlieue de Hangzhou grâce à un métro, les changements et la modernisation sont en marche, et c’est à l’opposition immuable entre tradition et modernité qu’on assiste. Le cadre quasi idyllique des bords du fleuve et des monts arborés contraste avec la destruction des vieux bâtiments pour construire d’onéreux complexes immobiliers. Les barques des pêcheurs qui peinent à joindre les deux bouts côtoient les immenses péniches aux marchandises mondialisées. La mise en scène limpide répond aux eaux vertes et pas forcément attirantes du fleuve, où l’on se baigne pourtant.

Avec une furieuse envie de cinéma et une distribution composée de sa famille ou de ses connaissances, Xiaogang Gu parvient à exercer à l’écran une fascination de tous les instants. « Séjour dans les monts Fuchun » imbrique les destins d’individus particuliers et celui d’un pays qui avance à marche forcée vers ce qu’il s’est choisi comme avenir. Y a-t-il encore dans ce processus une niche de bonheur pour la nouvelle génération, au-delà de l’âpreté au gain de celle qui l’a précédée ? Telle pourrait être la question existentielle posée par le film, à laquelle, après deux heures et demie de projection qu’on n’a pas vues passer, la réponse n’est qu’esquissée. Vivement les prochains volets.

À l’Utopia. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XXX


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