Dans les salles : I Will Cross Tomorrow

Sur fond de crise grecque et de traversée de la Méditerranée depuis le Proche-Orient, « I Will Cross Tomorrow » raconte l’improbable rencontre d’une policière et d’un réfugié. Beaucoup d’empathie, mais une histoire plutôt ténue.

Brève rencontre improbable sur l’île de Lesbos : policière et réfugié partagent un moment d’intimité. (Photo : Tarantula/Ciné Sud promotion/Pan Entertainment/Volya films)

C’est comme si deux crises se télescopaient. D’abord celle qui touche la Grèce depuis tant d’années déjà et qui fait perdre à Maria son poste de policière à Athènes. Cette mère célibataire se voit donc mutée dans un camp de réfugié-e-s sur l’île de Lesbos. Et c’est justement là que Youssef accoste, fuyant la guerre en Syrie : voilà la deuxième crise, cette nette augmentation des flux migratoires au cours des années 2010, à cause de l’instabilité de toute une région.

Dans « I Will Cross Tomorrow », cependant, pas de pamphlet politique direct qui dénoncerait le lien étroit entre ces deux événements. La cinéaste Sepideh Farsi préfère tirer de ce télescopage une brève rencontre entre deux personnes que tout devrait opposer, mais que les circonstances rapprochent. À y bien regarder, certains éléments montrent que les caractères de Maria et de Youssef ne sont pas si incompatibles : la policière se livre à Athènes à un petit trafic de papiers pour arrondir ses fins de mois (qu’elle va poursuivre sur Lesbos) ; le jeune Syrien a fui son pays parce qu’il a refusé de tuer un homme. La droiture n’est donc pas forcément du côté de l’ordre. Ou, comme le résumé du film le laisse entendre, « celui qui semble être le plus libre des deux l’est peut-être le moins ».

Un argument classique s’il en est, mais qui a déjà servi beaucoup de films avec efficacité. Malheureusement, les aventures de Maria et de Youssef souffrent d’une certaine simplicité de scénario qui nuit au message. Au bout d’une heure et demie, peu de choses se sont passées et la profondeur psychologique n’a pas véritablement été creusée. Certes, on survole les difficultés relationnelles de la policière avec sa fille adolescente : celle-ci aurait souhaité venir à Lesbos plutôt que de rester à Athènes avec sa grand-mère, et va donc fuguer en représailles. De brèves petites touches viennent donner un peu de corps aux personnages, mais pas assez pour qu’on puisse vraiment s’attacher à eux. Au lieu de cela, la réalisatrice nous sert d’innombrables plans de voiture : Maria qui conduit, ce qu’elle voit en conduisant, Maria et Youssef dans la voiture, Maria et ses collègues dans la voiture, de longs travellings subjectifs à Lesbos ou Athènes depuis un véhicule… Un parti pris qui se révèle rapidement agaçant : trop d’ambiance tue l’ambiance, et nous ne sommes pas dans une publicité automobile.

Pourtant, l’incarnation des deux protagonistes est plutôt bonne. Mais l’avalanche des plans susmentionnés, des symboles – des oiseaux libres comme l’air qui traversent le ciel, Maria qui fait l’amour toujours debout entre deux portes ou deux missions – ainsi que l’absence de profondeur des personnages secondaires font de « I Will Cross Tomorrow » un film d’ambiance d’abord, au détriment de la narration. Dommage sur un tel sujet, qui avait un beau potentiel.

Si le film s’est vu sélectionner au Luxembourg City Film Festival et profite cet été des honneurs un tant soit peu prolongés des salles luxembourgeoises, c’est que la société Tarantula est à la coproduction, avec trois autres venant de France, des Pays-Bas et de Grèce. Les amatrices et amateurs de Luxemburgensia en version grand écran ou les communautés grecque et syrienne pourront donc apprécier, les cinéphiles probablement moins.

Aux Kulturhuef Kino, Prabbeli, Scala, Utopia. Tous les horaires sur le site.

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