Dans les salles : Poissonsexe

Fable dystopique où les animaux marins succombent à cause des excès humains, « Poissonsexe » fait souffler un petit vent de fantaisie sur un genre souvent tragique.

Dans un monde où la libido se meurt, l’histoire qui naît entre Daniel et Lucie a-t-elle une chance ? (Photo : O’Brother)

Dans l’océan, les rejets d’œstrogènes ont tellement affecté les poissons qu’ils en ont disparu. Quant à la dernière baleine, Miranda, elle erre dans les eaux de l’Atlantique, suivie par des millions de personnes grâce à un site internet. À Bellerose-sur-Mer, Daniel essaie en vain avec une équipe de scientifiques de stimuler la reproduction d’Adam et Ève, les deux derniers poissons-zèbres dont dispose son laboratoire. Le quinquagénaire séparé ressent les effets de son horloge biologique et voudrait enfin être père. Difficile pourtant de trouver l’âme sœur dans une petite localité de bord de mer. Lucie, la caissière et livreuse de la station-service-épicerie, serait-elle l’heureuse élue ? En tout cas, les deux vont vivre une rencontre étonnante avec un poisson muni de pattes miraculeusement échoué sur la plage, qu’ils vont surnommer Nietzsche. Ce sera le début d’aventures à la fois loufoques et tragiques.

Ce qui frappe d’abord dans « Poissonsexe », c’est ce monde dystopique où le désir semble s’être tellement émoussé chez les êtres humains que les animaux en ont été contaminés. Les relations entre les personnages sont empreintes d’une anémie où plus aucune voix n’est élevée, plus aucun conflit n’éclate – comme un petit bourdonnement routinier. Daniel, joué par un Gustave Kervern au look de gentil ours, en est l’exemple flagrant, lui qui voudrait concevoir un enfant mais dont on comprend qu’il a renoncé à la passion amoureuse. Le réalisateur Olivier Babinet prend le parti de propager aux poissons ce renoncement humain où la technologie est omniprésente. Si le propos anthropomorphique est scientifiquement discutable, il tient absolument la route dans cette fable à la fois poétique et psychologique : c’est de l’intervention surnaturelle de Nietzsche, le poisson égaré, que viendra un début d’espoir, comme si poissons et humains partageaient une même psyché.

Si l’absence de désir se ressent de façon charnelle à l’écran, pourrait-on dire, « Poissonsexe » n’est cependant pas anémique dans sa réalisation. Les dialogues et les situations loufoques pallient heureusement le déficit d’attraction physique de la romance entre Daniel et Lucie, incarnée avec retenue burlesque par India Hair. En cela, le film pourrait être classé dans le genre de la dystopie humoristique, pas tellement fourni, grâce à son ironie en demi-teinte et pourtant toujours présente. Plutôt que d’appuyer trop fort là où ça fait mal et de marteler la menace de la destruction des écosystèmes pour l’humanité, le scénario choisit de mettre celle-ci à l’arrière-plan et de dépeindre avec tendresse et sourire en coin la construction d’une relation amoureuse d’un nouveau genre. Pas d’alarmisme donc, mais une (petite) note d’espoir.

Sans ambition particulière de chambouler le monde, « Poissonsexe » vient proposer un récit original et malin qui tranche avec les codes établis des superproductions. Tant mieux, puisque celles-ci ne sortent plus pour l’instant, et qu’il serait vain de vouloir les concurrencer sur leur propre terrain. La fermeture des salles dans les pays voisins aura eu pour conséquence qu’enfin ce petit film sympathique distribué dès septembre dernier en France et en Belgique, coproduit de plus par Tarantula, sorte au grand-duché. Espérons donc qu’il y trouvera son public.

À l’Utopia. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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