Dans les salles : Rebelles

À première vue, « Rebelles » est l’une de ces comédies trash et grinçantes, peut-être réjouissantes, mais au final plutôt convenues dans leur genre. Le scénario de celle-ci est toutefois construit sur une vision du monde postapocalyptique et débouche sur une morale – si on peut appeler ça ainsi – carrément nihiliste.

Un travail aliénant dans une conserverie qui mène au crime : l’argument de « Rebelles » n’est pas banal. (Photo : E. Seignol/Albertine productions)

Être obligée de rentrer chez sa mère quand, à 35 ans, on a raté sa vie, c’est déjà pas drôle. Mais quand cette mère habite un mobile home dans un camping des alentours de Boulogne-sur-Mer… Sandra doit pourtant s’y résoudre. 15 ans plus tôt, élue Miss Pas-de-Calais, elle plaquait le salon de coiffure où elle était en apprentissage pour conquérir la Côte d’Azur. Désormais, la voilà obligée d’accepter un boulot dans une conserverie. Après une journée passée à mettre des maquereaux en boîte, elle se retrouve piégée dans les vestiaires par un petit chef libidineux. Elle riposte, le laisse sur le carreau. Quand deux de ses collègues, Nadine et Marylin, découvrent la scène, elles pensent d’abord appeler les secours. Puis elles se rendent compte que le sac de sport du mort contient le plus gros paquet de pognon qu’elles aient vu de leur vie.

Souvent, le cinéma français se contente d’explorer toute la profondeur du spectre social et existentiel qui va du chagrin d’amour de l’éditeur du 6e arrondissement aux doutes qui rongent l’actrice débutante dans son studio du 11e – à moins que ce ne soit l’inverse. « Rebelles » porte à l’écran l’autre face de la France, le pays qu’habitent les gilets jaunes. Ce trou noir de la mondialisation, rongé par le chômage et la fin des utopies et qui, vidé de sa substance, ne peut même pas lécher ce qui en ruisselle le long des pompes. Une sorte de Lorraine sans Luxembourg.

Pourtant il ne s’agit pas d’un film social, loin de là. Il n’y est aucunement question de grand soir ou d’émancipation, ni même de luttes des classes. Les combats collectifs ont peu de chances d’aboutir dans cet univers où même les familles sont atomisées. Celles des trois héroïnes sont en lambeaux. Pour sauver ce qui peut encore l’être et, qui sait, arracher une petite place au soleil, elles se lancent à leur tour dans la lutte de tous contre tous. Au passage, elles croiseront des patrons véreux, des policiers ripoux et des mafieux belges qui ne sont pas là pour se marrer. Autant de prédateurs face auxquels elles devront puiser en elles des talents qu’elles ne se connaissaient pas – faire disparaître un cadavre, scier un canon, braquer un entrepôt du Secours populaire.

À première vue, il s’agit donc d’une comédie noire, qui doit autant à certains précédents britanniques ou nordiques qu’à l’univers de Groland. L’humour est grinçant, certaines situations graveleuses – ceux qui verront la scène se souviendront longtemps du morceau de pénis palpitant sur le carrelage. D’autres passages font plutôt songer à un western, tant sur le fond que sur la forme. Que dit le film de manière implicite ? Que 40 ans de politiques néolibérales ont dévasté des régions entières et les ont transformées en far west où, derrière une façade de légalité et d’honorabilité, règne en réalité la loi du plus fort. Quelle est sa morale ? À proprement parler, il n’y en a aucune. Le film est foncièrement amoral. Disons alors que le message est le suivant : le crime paie. À moins que ce ne soit carrément : seul le crime paie.

Ce joli conte est porté par une belle distribution. Cécile de France est particulièrement impressionnante dans son rôle de cagole au regard glacial. Ceux qui apprécient Yolande Moreau seront ravis de la retrouver ici en mère de famille adepte du fusil à canon scié. Audrey Lamy est toujours aussi convaincante dans le registre populaire. Quant à Simon Abkarian, il campe avec beaucoup de charisme un petit truand des docks qui, à bien des égards, se révèle être quelqu’un d’autre que celui qu’il laisse paraître.

Au Kursaal et au Waasserhaus. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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