Gouvernement Frieden : Et si la croissance n’est pas au rendez-vous ?

Luc Frieden a présenté son programme gouvernemental au parlement le mercredi 22 novembre. Son projet politique s’appuie sur une croissance économique conséquente portée par des « entreprises fortes », qu’il veut stimuler par des baisses d’impôts et moins de contraintes administratives. Le scénario est optimiste, alors que la conjoncture mondiale se dégrade et que le grand-duché devrait finir l’année en récession.

Luc Frieden a résumé ce mercredi 22 novembre les 209 pages de l’accord de coalition en un discours d’une heure devant le parlement, auquel il présentait le programme gouvernemental pour les cinq années à venir. Le nouveau premier ministre veut « renforcer le Luxembourg pour l’avenir » et maintenir la cohésion de sa population, en menant le pays sur le chemin « de la paix, de la liberté et de la prospérité ». Fichtrement difficile de ne pas être d’accord avec lui jusque-là.

« Ce gouvernement n’est pas le représentant d’un groupe, mais de l’intérêt général, c’est un gouvernement pour tout le monde », a-t-il poursuivi, semblant toujours vouloir se départir, comme il le fait depuis des mois, de l’image d’ambassadeur des milieux patronaux qui lui colle à la peau. Sur la méthode, Luc Frieden a appuyé sur la dimension collective du travail gouvernemental, affirmant que « ce n’est pas la mission d’une personne ». Il a expliqué avoir réduit le nombre de ministres à 15, contre 17 dans le précédent gouvernement, pour donner plus de cohésion à son action. Mais « le consensus ne doit pas mener à l’immobilisme », et on pourra compter sur lui pour décider, trancher dans le vif, y compris sur les sujets difficiles. Nous voilà prévenu-es.

Sur le contenu, le chef du gouvernement a survolé les chapitres de l’accord de coalition en insistant sur quelques points. Il y a bien sûr le logement, présenté comme une grande cause nationale, mais dont la tutelle échoit à Claude Meisch, qui occupe par ailleurs le lourd et prenant portefeuille de l’Éducation nationale. Rien de neuf sur les mesures envisagées pour répondre à la crise, la politique du gouvernement consistant surtout en cadeaux fiscaux aux promoteurs et propriétaires, ainsi qu’en un abaissement des exigences environnementales pour les nouvelles constructions.

Sur un autre front, Luc Frieden a répété l’importance de l’indexation des salaires pour « la paix sociale »… Sauf que l’automatisme sera désormais limité à une tranche dans l’année. Au-delà, il renvoie les partenaires sociaux à une tripartite pour voir « avec les entreprises comment soutenir le pouvoir d’achat des ménages et venir en aide aux entreprises ». Autrement dit, une claire remise en cause de l’index tel qu’on le connaît. Social toujours, avec la promesse – ou la menace – d’une consultation sur l’avenir du système des pensions, dont la viabilité serait en cause, selon Luc Frieden.

Le fétichisme du triple A

Dans son discours, le premier ministre est aussi longuement revenu sur les allègements fiscaux, tant à destination des particuliers que des entreprises. Déjà vivement attaqué, lors de la campagne électorale, par ses opposant-es sur le coût de ces mesures, Luc Frieden a redit qu’il mise sur la croissance économique pour financer ses cadeaux fiscaux. Pour la stimuler, il veut créer un cadre permettant d’avoir des « entreprises fortes », dont il veut libérer le potentiel par des baisses d’impôts et une réduction des lourdeurs administratives et environnementales. Dans la même veine, le nouveau chef de gouvernement se fixe un objectif prioritaire : « conserver le triple A », grâce à une croissance forte et des dépenses publiques contenues.

« Le gouvernement fait un véritable pari sur l’avenir du pays et on ne sait pas si ce pari sera réussi », a réagi mercredi la députée Déi Gréng Sam Tanson, après le discours de Luc Frieden. Ce « pari », c’est évidemment celui de la croissance. Quelques instants plus tôt, Luc Frieden a pourtant reconnu que rien n’était gagné face à une conjoncture économique mondiale dégradée. « La croissance américaine devrait être de 1,5 % l’an prochain, celle de la Chine de 4 % et celle de la zone euro d’environ 1 %, ce qui est bien inférieur à la moyenne des années précédentes », a-t-il constaté. Pour le Luxembourg, les prévisions sont encore moins mirobolantes, puisque le FMI prédit au pays une récession de 0,4 % en 2023, la Commission européenne la situant même à 0,6 %. Une timide reprise est prévue en 2024. Ces chiffres-là, Luc Frieden s’est bien gardé de les citer lors de sa déclaration, dont le scénario s’appuie précisément sur une croissance dynamique. À se demander qui paiera les pots cassés si le pari échoue.


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