Kulturlx : opération aspirateur

La présentation en grande pompe du site web kulturlx.lu sans vraiment de grandes nouvelles fait écho aux réticences de la scène et aux contradictions internes de la politique culturelle.

(©kulturlx_Sven Becker)

Après une longue introduction, qui consistait avant tout à se jeter des fleurs comme s’il fallait s’encourager mutuellement, a été présenté hier matin le site kulturlx.lu, qui doit matérialiser une idée vieille de plusieurs décennies : créer un Arts Council à la luxembourgeoise, rassemblant un maximum de disciplines sous un toit afin de promouvoir la culture luxembourgeoise à l’étranger comme au grand-duché.

Les premiers à en avoir fait les frais ont été les pionniers de musiclx, qui depuis plus d’une dizaine d’années assurent la promotion des musicien-ne-s luxembourgeois-e-s à l’étranger. Modelé sur le bureau d’export français – avec même un de ses fondateurs à la direction au début – qui assure le soft power culturel de nos voisins partout dans le monde, musiclx fait tourner groupes et artistes solo et les aide à monter leurs réseaux pour qu’ils puissent un jour voler de leurs propres ailes. Pas toujours avec succès, mais le monde des arts n’est pas un secteur économique comme les autres, même si certain-e-s dans la sphère politique ont tendance à l’ignorer.

L’agence de promotion littéraire Reading Luxembourg devra aussi rendre sa relative indépendance et s’intégrer à la nouvelle structure créée par le ministère de la Culture. Le conseil d’administration choisi reflète aussi les préoccupations politiques de ce dernier. À part les représentant-e-s des disciplines artistiques intégrées au projet, on y trouve entre autres un représentant du privé, Michel Welter, gérant de A-Promotions, dont le propriétaire Laurent Loschetter est un proche du premier ministre et ex-ministre de la Culture Xavier Bettel. Si la présence de Christian Biever, le directeur des affaires consulaires et des relations culturelles internationales au ministère des Affaires étrangères fait totalement sens au vu des missions de kulturlx, on peut se demander pourquoi il a fallu intégrer un représentant du ministère des Finances dans une institution culturelle. Surtout qu’il s’agit, avec Tom Théobald, du directeur du développement et de la promotion de la place financière. Probablement une offrande au ministre des Finances Pierre Gramegna, qui doit approuver le budget de cette nouvelle structure.

Un conseil d’administration à l’image de la politique culturelle

L’impression de se faire présenter un chantier en cours a prévalu tout au long de la conférence de presse. Ainsi, le budget est un mélange des deniers alloués par le ministère de la Culture (1,35 million) et des dotations de Reading Luxembourg (345.539 euros) et de musiclx (595.935 euros) – transféré « suite à sa dissolution volontaire », insiste-t-on dans le dossier de presse, où on lit aussi cette phrase : « La mutualisation et le transfert de fonds existants vers kulturlx sera poursuivie en 2022 et au-delà, notamment une partie des ressources du Focuna, du Trois C-L et, par la suite, si le ministère l’envisage, entre autres d’aides à la mobilité entrant dans les missions de kulturlx. » Ce qui fait que les programmes en faveur des artistes bénéficieront en 2021 d’un budget de 1,1 million d’euros.

En même temps, cinq postes pour représenter les autres disciplines comme la littérature et l’édition, les arts visuels et le spectacle vivant ainsi qu’un-e responsable communication (un must have apparemment) et un-e responsable administratif et financier sont toujours recherchés.

Ce qui pointe aussi certains déséquilibres : le département musique profite ainsi de bien plus de postes que les autres disciplines, et, surtout, il y a tout un pan de l’industrie culturelle qui manque. Mais personne n’osera toucher à la vache sacrée du Film Fund, toujours sous l’égide du ministère (DP) des Médias. Plus drôle encore, les responsables voient ce fonds plutôt comme un exemple qu’une structure qu’il faudrait à moyen terme intégrer à kulturlx.

Le risque est donc patent que les incohérences que la création de kulturlx voudrait faire disparaître soient juste reprises sous d’autres formes et institutions. En tout cas, le peu d’enthousiasme qu’a suscité ce lancement dans la scène culturelle en dit long – kulturlx doit définitivement encore faire ses preuves, un site flashy ne suffira pas.


Cet article vous a plu ?
Nous offrons gratuitement nos articles avec leur regard résolument écologique, féministe et progressif sur le monde. Sans pub ni offre premium ou paywall. Nous avons en effet la conviction que l’accès à l’information doit rester libre. Afin de pouvoir garantir qu’à l’avenir nos articles seront accessibles à quiconque s’y intéresse, nous avons besoin de votre soutien – à travers un abonnement ou un don : woxx.lu/support.

Hat Ihnen dieser Artikel gefallen?
Wir stellen unsere Artikel mit unserem einzigartigen, ökologischen, feministischen, gesellschaftskritischen und linkem Blick auf die Welt allen kostenlos zur Verfügung – ohne Werbung, ohne „Plus“-, „Premium“-Angebot oder eine Paywall. Denn wir sind der Meinung, dass der Zugang zu Informationen frei sein sollte. Um das auch in Zukunft gewährleisten zu können, benötigen wir Ihre Unterstützung; mit einem Abonnement oder einer Spende: woxx.lu/support.
Tagged , , , , , , .Speichere in deinen Favoriten diesen permalink.

Kommentare sind geschlossen.