Musique contemporaine : Subtiles miniatures

Tout avait commencé par l’adaptation musicale d’un poème de Lambert Schlechter. Trente en plus tard, Claude Lenners l’a élargie en une série de courtes pièces, « Le cycle des insectes ».

De gauche à droite : Le clarinettiste Max Mausen, la soprane Marie-Reine Nimax-Weirig et Hany Heshmat à la guitare. (Photo : conservatoire de la Ville de Luxembourg)

woxx : La première partition de votre cycle remonte à 1984. Qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre l’écriture 30 ans plus tard ?


Claude Lenners : C’était par hasard, quand j’étais à Sarrebruck pour un concert. J’avais le temps durant la pause de midi et, en me promenant dans la ville, je suis entré dans une librairie. Et là j’ai eu entre mes mains ce recueil de poèmes de Pablo Neruda. Une version bilingue allemand-espagnol, langues que je comprends. Et puis je tombe sur ce poème intitulé « El Insecto » et ça a fait tilt. Je me suis dit : tiens, pourquoi pas reprendre l’écriture pour la même distribution qu’à l’époque, c’est-à-dire soprano, clarinette et guitare ? En me disant que ce serait bien de trouver des textes dans d’autres langues que je maîtrise, comme un hommage à la richesse des langues en Europe.

En 1984, vous êtes tout au début de votre carrière de compositeur…


En effet, j’étais alors étudiant à Strasbourg, en classe de composition. Et il y avait là à l’époque le fameux ensemble Accroche Note, qui d’ailleurs existe toujours, avec Armand Angster à la clarinette, son épouse Françoise Kubler qui chante. Ils invitent des musiciens pour les rejoindre, des percussionnistes, etc. Donc pour moi, il était clair qu’il devrait y avoir à nouveau la clarinette et la soprane, car je l’avais écrit pour eux, même si je voulais également d’un instrument harmonique. Le piano me semblant trop classique et vu que Jean-Marie Angster, le frère d’Armand, était guitariste, il m’a paru évident de choisir la guitare, même si je ne connaissais pas bien cet instrument pour lequel il n’est pas simple d’écrire. La guitare a un son qui me tente beaucoup. Elle a un caractère très intime. C’est de la musique de chambre d’un caractère fragile, et l’acoustique de la pièce où l’œuvre est jouée devra être optimale pour empêcher que les sons subtils se perdent.

Il s’agit de pièces courtes. Pour s’adapter à une attention des auditeurs de plus en plus sollicitée aujourd’hui ?


Il y a tout simplement moins d’intérêt pour ce genre de musique. C’est un langage qui ne parle pas à tout le monde et ce n’est pas non plus la tasse de thé de tout le monde. Ces pièces sont un peu comme les miniatures instrumentales d’Anton Webern : extrêmement denses, mais courtes. C’est une subtilité qui vient sur vous en l’espace de très peu de temps et qui parce qu’elle ne dure pas longtemps peut être digérée. Cela compense, et c’est d’ailleurs dans ce sens que cela a été pensé.

Dans le « Guardian », Francesco Tristano se souvenait d’une phrase de vous sur la « grammaire musicale » qui au 20e siècle devient « particulière » à chaque compositeur…


… ou devrait l’être ! Oui, ce n’est pas moi qui l’ai inventé. C’est un phénomène connu. Il suffit de prendre quatre mesures d’un compositeur de la période classique, une phrase avec une cadence. À moins d’être expert, difficile de dire si c’est du Haydn ou du Mozart. La différence au niveau du langage, pour simplifier un peu, est moins grande que chez les compositeurs du 20e siècle. Deux mesures de Debussy, ce n’est pas comme deux mesures de Bartók, de Messiaen ou de Poulenc. Il suffit d’un accord de Debussy pour le reconnaître. Ce qu’il y a de caractéristique dans son langage est beaucoup plus immédiat. Cela dit, c’est beau que Francesco se souvienne de cette phrase de moi…

Chacune des pièces sera introduite par vous…


Tout à fait. Comme il sera parfois difficile de comprendre le texte sans le connaître à l’avance, des extraits caractéristiques de chaque pièce seront joués puis commentés par moi, et enfin, la pièce sera rejouée en entier. Pour quelqu’un qui n’est pas dans la matière tous les jours, cela peut l’aider à entrer dans la musique et agrandir ainsi le plaisir de ce qui lui est offert.

Au conservatoire de Luxembourg, 
le 2 octobre à 19h.

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