OGBL : Apprendre de la crise

Pandémie oblige, le comité national de l’OGBL du mois de juillet s’est encore exilé au Kirchberg. Mais le syndicat prend aussi ses distances avec le gouvernement.

Photo : OGBL

Si l’OGBL se félicite que l’impact de la pandémie sur l’économie luxembourgeoise a été beaucoup moins prononcé qu’initialement projeté, sa présidente Nora Back s’est quand même posé la question de savoir si le Luxembourg était en train de « tirer les bonnes leçons » de cette crise. Elle craint qu’on ne soit sur le point de faire les mêmes erreurs qu’après la crise financière des années 2008 et 2009, où la politique a rapidement pris la direction de la stabilisation des finances publiques. Des réformes ayant un impact négatif sur les salarié-e-s, comme celle des pensions en 2012, s’en étaient largement inspirées.

Ironiquement, ce sont les champions de l’austérité de l’époque qui livrent aujourd’hui une partie de l’argumentaire sur lequel se base le plus grand syndicat luxembourgeois, qui vient de réunir son comité national mardi dernier au Centre de conférences européen du Kirchberg. Ainsi, le Fonds monétaire international (FMI) avait concocté des recommandations pour le Luxembourg en ce qui concerne sa politique fiscale, pour laquelle il réclame plus de progressivité. La situation particulière du Luxembourg en matière de distribution de la richesse, et notamment d’accès au logement, nécessiterait par ailleurs aussi une réintroduction de l’impôt sur la fortune.

Taxer la richesse

De façon générale, le FMI avait dans son rapport d’avril 2021 recommandé aux États de réduire l’écart entre les riches et les pauvres, que la crise de la Covid-19 avait encore creusé. Renforcer la taxation des plus riches n’est donc plus le mot d’ordre des seuls syndicats. Nora Back, lors de la présentation des conclusions du comité national, a encore cité l’exemple de l’OCDE, qui s’apprête à introduire une taxation minimale des grandes sociétés transnationales.

La Commission européenne vient de soumettre trois recommandations au gouvernement luxembourgeois, auxquelles l’OGBL « peut souscrire des deux mains » : continuer à soutenir les activités économiques sans arrêt brutal des aides, maintenir les investissements à un haut niveau et venir en aide à celles et ceux qui, en bas de l’échelle, ont dû souffrir le plus de la crise.

Mais en reprenant un à un certains dossiers épineux de la politique économique et sociale grand-ducale, l’optimisme que pourraient susciter ces propos venant de l’extérieur fait rapidement place à une longue liste de frustrations. En matière de meilleure répartition des richesses, le report de la réforme fiscale, qui aurait dû être la pièce maîtresse de l’actuel gouvernement, n’est pas du goût du syndicat, pas plus que le « no go » en ce qui concerne la réintroduction d’un impôt sur la fortune. L’indexation du barème d’impôt, combiné à des tranches supplémentaires plus fortement taxées, restera donc dans les tiroirs, alors que l’impôt sur les sociétés a déjà été baissé deux fois par l’actuelle coalition.

L’indexation des allocations familiales, qui sera finalement réintroduite, vient bien trop tard pour l’OGBL. Promise en 2014 lors d’un accord signé avec le gouvernement, elle est prévue pour janvier 2022, tout juste après la prochaine tranche indiciaire, dont les familles ne vont donc pas bénéficier. L’écart sur les huit ans depuis l’accord aura alors atteint 7,5 pour cent.

L’OGBL se dit aussi déçu de la position qu’a prise le gouvernement en ce qui concerne l’attribution des allocations familiales aux frontalières et frontaliers. Nora Back constate une mauvaise lecture du récent jugement de la Cour de justice de l’Union européenne à cet égard : « Les inégalités contestées font place à de nouvelles inégalités, ce qui provoquera de nouveaux procès. »

Incompréhension aussi pour ce qui est de la politique du logement : le jour même où l’OGBL manifestait avec d’autres organisations pour plus de logements sociaux, le taux de 30 % de logements à réserver à cet usage lors de nouvelles constructions, prévu dans le nouveau pacte logement, a été réduit à 20 % − sans information préalable ni explication. Idem pour l’impôt foncier, dont la réforme se fait attendre alors que même le premier ministre la prônait. Encore un dossier où le syndicat a le sentiment d’être tenu à l’écart, alors qu’il aurait son mot à dire.


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