Olai : Face à la réalité

Confronté à une vague de critiques depuis plusieurs jours, l’Olai remet en question la véracité des reproches formulés et s’attaque à leurs auteurs.

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(Photos : Anonyme)

Ils ont dû passer un mauvais week-end à l’Office luxembourgeois de l’accueil et de l’intégration (Olai) : alors que le woxx avait publié, vendredi matin, les témoignages de demandeurs de protection internationale se plaignant de leurs conditions de vie, le même jour, des photos prises par d’autres mécontents circulaient sur le web, avant d’être reprises par divers médias.

Sur ces photos, prises au centre d’accueil de Bourscheid, une poupée attachée à un poteau, accompagnée de l’inscription « Prison Guantánamo in Bourscheid ». Ou encore « Prison Guantánamo » sur les murs d’une des baraques du centre d’accueil. De plus, lors de la présentation des projets « mateneen » de l’Œuvre grande-duchesse Charlotte (voir news p. 4), vendredi après-midi, l’une des oratrices n’a pas hésité à critiquer durement les traitements subis par des demandeurs d’asile.

Ne pas prendre au sérieux ce mal-être ne contribuera certainement pas à le résoudre.

Lundi, l’Olai a réagi : tout en condamnant les « faits de vandalisme » à Bourscheid, l’office, qui dépend du ministère de la Famille, s’est indigné des « propos diffamatoires repris par la presse » et a souligné les efforts fournis par ses fonctionnaires comme par ses partenaires gestionnaires de structures d’accueil. « Le non-respect de l’État de droit, la dégradation de matériel, la comparaison avec des camps de torture et des accusations de maltraitance sont (…) inacceptables. L’OLAI et ses partenaires gestionnaires mettent tout en œuvre pour accueillir au mieux tous les DPI », peut-on lire en conclusion du communiqué de presse.

Mettons les choses au clair dès le départ : il est vrai que l’Olai, tout comme la Croix-Rouge ou Caritas, mais aussi les centaines de bénévoles actifs à travers le pays fournissent un travail considérable depuis le début de ce qu’on appelle la « crise des réfugiés ». Comme il est vrai que l’Olai de 2016 n’est pas l’Olai de 2012 et que, depuis l’arrivée de la coalition bleu-rouge-vert, l’attitude envers la « clientèle » de la majorité des fonctionnaires y travaillant semble avoir profondément changé. Le woxx et d’autres organes de presse s’en sont d’ailleurs fait l’écho à maintes prises.

Il est vrai aussi que tout ne dépend pas de l’Olai : la prise en charge des demandes de protection internationale est du ressort de la Direction de l’immigration, qui dépend du ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn… qui, lui, brille tout autant par son rôle sur la scène internationale que par son absence flagrante en ce qui concerne la gestion luxembourgeoise de la « crise des réfugiés ».

1392editotelexxMais tout cela ne peut cacher les manquements individuels et ponctuels qui peuvent exister – et qui existent manifestement. Plutôt que d’accuser la presse – qui, en relayant les plaintes de nombreux demandeurs d’asile, ne fait qu’assumer sa part de responsabilité – de reprendre des « accusations diffamatoires », l’Olai devrait prendre acte de l’existence d’un problème réel. Ce ne sont d’ailleurs pas « que » des réfugiés qui émettent des critiques, mais aussi bon nombre de bénévoles, qui travaillent au plus près des premiers concernés et qui contribuent de façon substantielle au bon fonctionnement de l’accueil « à la luxembourgeoise ».

Alors oui, il semble y avoir des dysfonctionnements dans certains centres d’accueil. Et si comparer un centre d’accueil à un camp de torture relève en effet de l’exagération, ne pas voir que de tels propos sont l’expression d’un mal-être réel relève de l’aveuglement. Ne pas prendre au sérieux ce mal-être, dénigrer ceux qui le formulent et attaquer la presse qui s’en fait l’écho ne contribuera certainement pas à le résoudre.


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