Politique italienne : Capitaine à la mer

L’auto-sabordage de Matteo Salvini est un premier échec pour celui qui croyait son ascension irrésistible. Pas sûr pourtant qu’il refasse encore une fois la même erreur.

(©Euractiv_flickr)

Depuis l’Antiquité, Rome a été le théâtre d’intrigues politiques impliquant des hommes ambitieux montrant une faim de pouvoir insatiable et ne rechignant pas devant les intrigues pour y parvenir. Mais comme le sénateur Catilina et ses fameux conjurés en 63 avant notre ère, Matteo Salvini a perdu son pari. Ce n’est pas un nouveau Cicéron qui l’a démasqué, c’est son premier ministre : l’affable Giuseppe Conte, qui s’est fait un malin plaisir de dénoncer son irresponsabilité et sa cupidité aux yeux de l’Italie entière et en direct à la télévision.

D’ailleurs, tandis que la conjuration de Catilina se jouait dans l’ombre, les tactiques du « capitano » pour obtenir les pleins pouvoirs étaient toujours visibles au grand jour – au point où il ne s’est même pas caché de les demander publiquement : en brisant la coalition avec les Cinque Stelle. C’était le pas de trop – la démesure n’étant pas la clé de tous les pouvoirs, pas même en Italie où pourtant la politique, depuis toujours, est une tragi-comédie qui se joue en public.

Néanmoins, la road-map vers le pouvoir de Matteo Salvini était parfaite. Celui qui a mené la Lega de quatre à 34 pour cent des votes en quelques années seulement, avant de l’installer au gouvernement, faisait figure de populiste accompli : en faisant des migrant-e-s sa cible première, en rendant l’Europe responsable de tous les maux qui frappent le pays et en poursuivant un agenda qui mise sur le spectaculaire plutôt que sur un changement en profondeur du pays.

Le problème, c’est que la situation est complexe et qu’il est vrai de dire que le manque de solidarité européenne avec l’Italie en matière de migration a conduit à de vrais problèmes. Mais une discussion raisonnable avec un populiste d’extrême-droite, qui ne se cache pas de ses liens avec les néofascistes, est chose impossible. Et Salvini n’a jamais réellement cherché une issue à ces problèmes. Pourquoi sinon, se serait-il allié à Viktor Orban, symbole même du manque de solidarité entre États membres?

Le même vaut pour son soutien aux plans loufoques de Steve Bannon, l’ancien souffleur de Trump qui rêve d’une internationale populiste de droite en Europe, alors même que les intérêts des nationalistes sont incompatibles entre eux (de par leur orientation politique) ; ce ne sont que leurs discours mensongers et leurs méthodes qui se ressemblent.

Même dans le cas d’une coalition entre les Cinque Stelle et les socio- démocrates du PD, le danger d’une résurgence du néofascisme en Italie n’est pas banni.

Par conséquent, peut-on dire que l’éclatement du premier gouvernement populiste dans un pays majeur de l’Union européenne est bon signe ? Cela reste à voir, la galvanisation des masses étant une des spécialités de Salvini comme de ses acolytes à la Lega et dans le cas d’élections anticipées, il pourrait bien réussir à tirer son épingle du jeu, en se présentant par exemple en victime des intrigues du palais du Quirinal. Même dans le cas d’une coalition entre les Cinque Stelle et les socio-démocrates du Partito Democratico (PD), le danger d’une résurgence du néofascisme en Italie n’est pas banni. Il ne faut pas oublier que ce sont les socio-démocrates et leur manque de courage politique qui ont contribué à l’ascension de Salvini, tout comme les décennies passées sous Berlusconi qui ont rendu les institutions politiques italiennes ridicules et attaquables par les populistes.

Si l’Italie veut battre le risque de l’extrême-droite, l’Europe doit l’aider. Ce n’est pas un hasard si la coalition qui pourrait se tramer pour exclure la Lega est déjà surnommée « coalition Ursula » – tous leurs parlementaires (Cinque Stelle, PD et berlusconiens) ont voté en faveur de l’Allemande comme prochaine présidente de la Commission…


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