Présentation de CD : Des passerelles au féminin

Longtemps méconnue dans son propre pays, la compositrice luxembourgeoise Helen Buchholtz (1877-1953) est revenue sur le devant de la scène il y a moins de 20 ans. Un nouvel enregistrement de ses compositions sera présenté ce vendredi 5 avril à Ettelbruck.

Gerlinde Sämann (soprano) et Claude Weber (pianiste) associeront la musique de Helen Buchholtz à celle de quatre de ses consœurs contemporaines. (Photo : Severine Schweiger, Munich )

D’elle, même les spécialistes ne connaissaient encore en 1998 que le nom et quelques lieder archivés à la Bibliothèque nationale de Luxembourg. Pourtant, Helen Buchholtz, née à Esch-sur-Alzette en 1887, a composé quelque 135 œuvres désormais répertoriées – dont seules 16, il est vrai, ont été publiées de son vivant. Et si deux de ses pièces ont bien figuré au répertoire de la Musique militaire grand-ducale dans les années 1920 et 1930, très peu de mentions subsistent de concerts au cours desquels ses œuvres auraient été interprétées.

Sa redécouverte est, comme souvent, le fruit d’un hasard : lors d’une interview télévisée sur une autre compositrice luxembourgeoise, Lou Koster, la musicologue Danielle Roster évoque le nom de Buchholtz ; très rapidement, elle est contactée par le neveu de celle-ci, qui lui confie deux valises contenant plus de 250 manuscrits. Parmi ceux-ci, de nombreux lieder, mais aussi un « Ave Maria », des sonates pour piano ou des pièces pour orchestre symphonique. Ces précieux documents constitueront plus tard la base des « archives Helen Buchholtz » du CID Fraen an Gender, inaugurées par un grand concert en 2000.

Depuis lors, trois disques ont été gravés et plusieurs concerts organisés, à quoi s’est ajoutée une couverture médiatique non négligeable. Mais ce nouveau CD a la particularité d’établir des passerelles entre la musique de la compositrice et celle de ses consœurs contemporaines. Ses mélodies d’inspiration fortement romantique (on pense souvent à Schubert), accompagnées de manière ciselée, se retrouvent donc mises en perspective par les notes actuelles de Catherine Kontz, Albena Petrovic-Vrachantska, Stevie Wishart et Tatsiana Zelianko. Trois d’entre elles ont choisi d’écrire une partition différente sur un texte déjà mis en musique par leur aînée. Plutôt qu’un poème en particulier, Stevie Wishart a préféré évoquer la figure de Willy Goergen, un poète à l’origine de plusieurs lieder de Helen Buchholtz et dont elle était proche. Le CID Fraen an Gender, à la manœuvre, a comme à son habitude soutenu la créativité artistique féminine, d’autant que Helen Buchholtz avait également trouvé en la poétesse Anna Ritter l’inspiratrice de plus de 15 de ses lieder.

La soprano Gerlinde Sämann et le pianiste Claude Weber ont enregistré au Centre des arts pluriels d’Ettelbruck, et c’est tout naturellement que le disque y sera présenté. Le grand public pourra entendre en avant-première la belle complicité musicale des deux artistes, qui servent texte et musique avec humilité et sans excès sur un CD au programme conçu avec soin. Mais à l’occasion de ce jumelage un peu spécial entre quatre compositrices contemporaines et celle qui les a précédées, le processus de création des œuvres d’aujourd’hui a aussi été mis en images par la réalisatrice Anne Schiltz. Son film « Im Dialog mit Helen Buchholtz » sera projeté pendant la soirée, qui sera donc un bel hommage à la créativité d’une figure féminine de la musique grand-ducale, désormais mieux connue et justement célébrée.

Ce vendredi 5 avril à 20h, au Centre des arts pluriels Ettelbruck.

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