Que reste-t-il de nos amours ? (5/10) : Vie de quartier

Originaire de Madrid, Alejandra Manzano Valle est arrivée à Luxembourg en février 2000 afin de travailler pour une institution européenne. Les premiers temps, elle a habité à l’hôtel Molitor et à l’hôtel Italia. Elle a fait de la gare son quartier.

Photo : Paulo Lobo

Alejandra Manzano Valle : À l’hôtel Molitor, je prenais le petit déjeuner dans la cafétéria, et quand je voyais arriver le bus, je sortais en courant pour l’attraper ! C’est là que j’ai compris quel était l’un des points positifs de ce quartier : il est très bien connecté ! Je suis restée ensuite presque deux mois à l’hôtel Italia, parce que cela a pris du temps de trouver un appartement, pour moi qui étais venue seule. Presque tous les logements que l’on me proposait, c’étaient des studios, mais je voulais plus d’espace. Finalement, j’ai trouvé un appartement magnifique avenue de la Liberté. Deux ans plus tard, j’ai acheté un appartement avenue de la Gare. Je voulais rester dans ce quartier, qui était le coin le plus animé de la ville. Je crois que, jeune et provenant de Madrid, si je ne m’étais pas installée dans ce quartier, j’aurais fait une dépression ou aurais demandé mon transfert à Bruxelles. Actuellement, avec ma famille, nous avons déménagé dans un appartement plus grand, quelques mètres plus loin. Cette fois-ci, nous sommes locataires, car les prix de vente sont inabordables. Mais nous ne voulons pas bouger !

On signale ce quartier comme dangereux.


Je n’ai jamais eu de sensation d’insécurité. Touchons du bois ! Oui, il y a des trafiquants et des consommateurs de drogue. Dans le petit couloir de l’entrée du bâtiment où j’habitais, avenue de la Gare, très souvent le soir des gens se réunissaient pour se piquer. Ce n’est pas agréable, bien sûr, mais jamais ils n’ont été agressifs.

Sortir à la gare ?


Je sors beaucoup dans le quartier, j’aime en particulier les terrasses de la place de Paris.

Des changements ?


L’offre s’est améliorée pour les bistrots, mais le commerce a pratiquement disparu. Il y a beaucoup moins de magasins, ce qui m’attriste. C’est pénible de voir tellement de locaux fermés dans l’avenue de la Gare. Par curiosité, j’ai regardé les prix de location des locaux commerciaux et c’est hallucinant ! J’espère que la situation reprendra et que le quartier ne se remplira pas de magasins pop-up…

Des réactions quand vous dites que vous habitez le quartier de la gare ?


Beaucoup de monde n’aime pas ce quartier. À mon arrivée, j’entendais déjà dire que c’était dangereux ! Et parfois j’entends des gens dire que personne ne veut vivre dans ce quartier. Quand j’ai eu ma fille, certaines personnes s’étonnaient que je veuille habiter ici avec un enfant. Mais bien sûr qu’un enfant peut bien se développer à la gare ! D’ailleurs, ma fille aime bien habiter ici et ses copines viennent souvent chez nous.

Des lieux préférés ?


Beaucoup ont disparu, comme le Monopol et le bistrot Journal. Et j’en aime d’autres, plus récents, comme le glacier Bargello. Et toutes les terrasses de la place de Paris.

Deux mots pour décrire la gare ?


Quartier et confort.

Un mot de la fin ?


C’est ici que je veux vivre. J’aime !

De leur côté, Kati Ojeda et sa famille viennent de quitter le quartier…

Kati Ojeda : Nous étions ici depuis 2012, très contents et intégrés, nos deux enfants y sont nés. À cause de la hausse des prix immobiliers, nous avons dû renoncer à acheter un appartement dans le quartier et avons déménagé.

Des souvenirs ?


La gare est un quartier très vivant et bien connecté, il y a plein de cafés et de restaurants, ainsi que des supermarchés. Nos enfants allaient à la crèche de la rue Michel Welter, on connaissait beaucoup de monde et on avait la sensation d’habiter dans un vrai quartier. Je ne me suis jamais sentie menacée ou en insécurité. Or, maintenant que j’habite ailleurs, je me rends compte que ce n’est éventuellement pas le meilleur quartier quand on a des enfants, car il y a peu d’aires de jeux et trop de voitures.

Un adjectif pour définir ce quartier ? 


On pourrait dire : vivant et encore en plein développement.

Le quartier de la gare raconté par ses habitant-es

Le tram fonctionne, les travaux et la pandémie sont presque finis. Paca Rimbau Hernández repose la question qu’elle avait déjà posée – en 1999-2000 et en 2019-2020 – à des personnes qui résident ou travaillent dans le quartier de la gare : « Que reste-t-il de nos amours ? » (à retrouver dans les archives du woxx).

Notre série « Que reste-t-il de nos amours ? » fera une pause bien méritée en août et reprendra en septembre pour 
ses cinq derniers épisodes. 
À bientôt dans le quartier de la gare !

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